Après quatorze ans de Deschamps, une autre histoire commence pour les Bleus. Zinédine Zidane hérite d’un groupe taillé pour gagner, mais certains dossiers s’annoncent bien plus épineux que prévu.
La page Deschamps s’est refermée samedi, après la dernière danse du sélectionneur sur le banc français. Depuis plusieurs mois déjà, en coulisses, Zinédine Zidane préparait la suite. Son arrivée officielle devrait être actée dans les dix jours, avec une conférence de presse de présentation. Dans les faits, son contrat et celui de son staff ne prendront effet que le 1er septembre, pour un vrai lancement du cycle fin septembre.
Le calendrier ne laissera d’ailleurs aucun round d’observation. Quatre matches de Ligue des nations attendent immédiatement les Bleus : le 25 septembre en Turquie, le 28 en Belgique, le 2 octobre contre l’Italie à domicile, puis à nouveau face aux Belges le 5. De quoi entrer dans le vif du sujet sans temps mort.
Un staff construit autour de fidèles
Zidane a pioché dans son réseau pour bâtir son équipe. David Bettoni occupera le rôle d’adjoint numéro un, Hamidou Msaidie celui de second, Stéphane Plancque prendra en charge l’analyse et la supervision des adversaires. Une architecture directement héritée de son passage au Real Madrid. Grégory Dupont, ex-préparateur physique merengue, devrait également rejoindre l’aventure, dans un rôle encore à préciser.
Une piste retient particulièrement l’attention : celle menant à Fabien Barthez, pressenti pour devenir l’entraîneur des gardiens. Sur le plan médical, le nouveau sélectionneur s’appuiera sur un spécialiste qu’il a côtoyé durant sa carrière de joueur, dont le nom n’a pas filtré. Autant dire que Zidane ne débarque pas seul : il arrive avec sa méthode et ses hommes de confiance, à l’image de ce qu’il avait fait au Real en 2016.
Equipe de France : Un socle de cadres solide, mais pas illimité
Sur le plan sportif, l’héritage est autrement plus copieux. Cinq demi-finales sur les six derniers grands tournois, un titre mondial en 2018, une finale en 2022 : peu de sélectionneurs ont laissé un tel palmarès à leur successeur. Et l’effectif reste jeune. Sur le onze aligné en demi-finale du Mondial 2026, seuls trois joueurs dépassaient les 30 ans : Maignan, Digne et Rabiot.
Autour d’un socle de cadres solide, Upamecano (27 ans), Koundé (27 ans), Tchouaméni (26 ans), Mbappé (27 ans), Olise (24 ans) ou Dembélé (29 ans), Zidane profite pleinement de la réoxygénation opérée par Deschamps ces dernières saisons, avec l’émergence de Koné, Doué, Barcola ou Akliouche.
Le tableau n’a toutefois rien d’idyllique. Mike Maignan n’a pas livré une compétition mémorable, et le réservoir de gardiens de très haut niveau reste limité en attendant l’affirmation de Robin Risser, le retour de Lucas Chevalier ou l’éclosion d’Ewen Jaouen. Mais c’est surtout aux postes de latéraux que le bât blesse. À droite, Malo Gusto a affiché ses limites, notamment lors de la lourde défaite face à l’Angleterre. À gauche, Lucas Digne a 32 ans et dépendra de son temps de jeu au PSG, tandis que Theo Hernandez n’a plus montré grand-chose de convaincant en sélection depuis longtemps.
Bleus : Une charnière à reconstruire dans l’urgence
Le premier vrai chantier tactique concerne l’axe de la défense. Avec la blessure au dos de William Saliba, Zidane devra composer sans lui pour ses débuts. Dayot Upamecano, auteur d’un grand Mondial, s’annonce comme la certitude de cette charnière. À ses côtés, Ibrahima Konaté devra retrouver rapidement confiance et régularité pour espérer s’imposer. Derrière ce duo, plusieurs profils restent à surveiller, entre les joueurs déjà appelés comme Kalulu, William Fofana, Badé ou Lukeba, et de jeunes talents en devenir tels que Jacquet, Ganiou ou Yoro.
Autant de dossiers que Zidane devra traiter avec l’aide de son ami Bernard Diomède, familier des sélections de jeunes depuis plus de dix ans. Un travail d’autant plus sensible qu’Ayyoub Bouaddi a choisi de représenter le Maroc, réduisant encore l’éventail des solutions disponibles à très court terme.
Zidane – Mbappé, la relation à construire sans la brusquer
Au-delà des chantiers de poste, un dossier dépasse tous les autres en importance : la relation avec Kylian Mbappé. Le capitaine des Bleus sait depuis des mois que Zidane allait lui succéder à Deschamps, bien avant que l’information ne circule publiquement. Les deux hommes se connaissent et entretiennent une relation fluide, mais ont pris soin, ces derniers mois, d’éviter tout cliché commun qui aurait pu parasiter la préparation du Mondial.
L’un des enjeux immédiats sera de nourrir une relation de confiance comparable à celle bâtie par Deschamps, qui appelait régulièrement son capitaine. La présence de Zidane à Madrid pourrait faciliter les choses, l’ancien numéro 10 des Bleus ayant l’habitude de passer au Bernabéu. Reste une question tactique de taille : dans quel rôle Zidane utilisera-t-il Mbappé, dans l’axe ou sur un côté ? Deschamps, comme Carlo Ancelotti au Real, avait réussi à le convaincre d’évoluer dans l’axe. Rien ne dit que Zidane fera le même choix.
Vers quel système pour les Bleus ?
Sur le plan tactique justement, l’histoire du premier passage de Zidane au Real Madrid, en janvier 2016, offre un indice précieux. Arrivé dans un vestiaire qui s’était éloigné de Rafael Benitez, il n’avait quasiment rien bouleversé, se contentant de réintégrer Casemiro au milieu. Une leçon qu’il pourrait appliquer aux Bleus : on peut faire évoluer une équipe sans changer les joueurs.
Le contexte du sélectionneur limite d’ailleurs fortement la marge de manœuvre. Entre les rassemblements de l’automne, ceux du printemps, les qualifications et les phases finales, Zidane n’aura que peu de temps réel de travail avec son groupe. Peu de raisons, donc, de s’éloigner radicalement du 4-2-3-1 mis en place par Deschamps depuis mars 2025, avec Michael Olise en meneur de jeu. Une position que Zidane privilégierait lui aussi pour l’ailier de Bayern, confirmant ainsi une organisation qu’il connaît bien puisqu’il évoluait lui-même en position de numéro 10 lors du Mondial 2006, entouré de Franck Ribéry, Florent Malouda et Thierry Henry, avec Makélélé et Vieira en sentinelles.
Zidane : Une nomination saluée jusqu’au gouvernement
La perspective de voir Zidane prendre les rênes des Bleus a même fait réagir la ministre des Sports, Marina Ferrari, ce lundi sur RTL. Sans confirmer officiellement la nomination, la ministre a jugé qu’« il faut saisir cette chance pour l’équipe de France » face à un talent pareil. Interrogée sur le futur salaire du sélectionneur, dans le contexte d’une loi plafonnant à 450 000 euros annuels la rémunération des dirigeants sportifs sauf dérogation ministérielle, elle a reconnu que ce type de poste avait un coût, tout en rappelant qu’elle n’avait pas de compétence particulière pour juger du choix sportif.
Zidane, un symbole qui dépasse le sportif
Reste que la charge symbolique de cette nomination dépasse largement le plan tactique. Zidane est un enfant de la Coupe du monde, sacré en 1998 avec un doublé de la tête en finale, sorti sur un coup de tête en 2006 à Berlin. Dans un entretien resté célèbre, il confiait un jour que revivre ces images le rendait « plutôt nostalgique », conscient d’avoir vécu des instants qui ont changé sa vie à tous les niveaux.
C’est ce mélange de vécu, de palmarès et de réseau que Zidane apporte désormais aux Bleus. À lui de transformer un groupe déjà performant en équipe capable d’aller chercher un titre à l’Euro 2028, en composant avec des manques bien identifiés et une relation avec son capitaine qu’il devra construire sans la brusquer.
Source : L’Équipe, RTL/AFP


