Chaque été, le même compte à rebours. Le 30 juin, les clubs français doivent présenter des comptes en ordre à la DNCG sous peine de sanctions sportives. Cette année, la situation est particulièrement tendue à plusieurs niveaux. Romain Molina, journaliste spécialiste de l’économie du football, a fait le tour des dossiers chauds dans sa dernière vidéo. Résumé des clubs qui font peur.
Comment ça marche, et pourquoi c’est si compliqué
Avant de passer aux cas concrets, Molina rappelle la mécanique. Trois options pour trouver du cash avant le 30 juin : l’actionnaire qui remet au pot (parfois 15, 20 ou 40 millions), la vente de joueurs avant la clôture de l’exercice comptable, ou le rachat du club par un repreneur. Ce dernier cas génère souvent des ventes à prix bradé : plus le temps passe, moins le club vaut.
Le modèle général est structurellement déficitaire. Même le PSG perd de l’argent chaque année. La différence entre les clubs qui survivent et ceux qui coulent, c’est la profondeur de poche de leur actionnaire et leur capacité à vendre des joueurs au bon moment.
Ligue 2 : Clermont, le dossier le plus explosif
Le club auvergnat est le cas le plus préoccupant de la deuxième division. Déficit annuel estimé entre 4 et 5 millions cette saison, après 7 millions l’an dernier. La raison ? Le propriétaire aurait récupéré l’an passé plus de 3 millions d’euros via des management fees versés à sa holding. Légal, mais surréaliste selon Molina.
L’actionnaire veut vendre, ne veut pas remettre, et le club a déjà accumulé des retards de paiement. Le budget nécessaire pour passer la DNCG est estimé entre 7 et 10 millions. Molina est direct : il ne voit pas le propriétaire remettre cet argent. Son pronostic ? Relégation en première instance, puis rachat probable pendant la période d’appel. La DNCG devrait exiger une mise sous séquestre cette fois, après s’être fait avoir une fois par le passé sur une somme déposée puis récupérée une semaine plus tard.
Montpellier est dans une configuration similaire. Le club est en phase de rachat par un groupe anglo-américain, les Nicolins ne veulent plus remettre, et il faudra entre 15 et 20 millions pour passer la DNCG. Molina table sur une vente mais l’incertitude reste entière.
Metz, fraîchement relégué de Ligue 1 après une saison catastrophique (3 victoires, 23 défaites), doit trouver entre 25 et 30 millions. Soit en apport d’actionnaire, soit en vente massive de joueurs. Le modèle n’est pas viable selon Molina, qui rappelle que le club réclame trop d’argent pour être vendu et que personne ne veut payer ce prix. Amiens est dans une situation similaire, avec 8 à 10 millions à trouver.
Ligue 1 : le Havre dans la situation la plus critique
C’est la surprise désagréable du tableau. Le HAC est le club de Ligue 1 en plus grande difficulté financière selon Molina. Retards fournisseurs cette année, engagements non tenus, actionnaires qui ne comprennent rien au football français selon ses mots. Une augmentation de capital de 18 millions a été réalisée, mais elle couvre simplement le trou existant. Il faudra 30 à 35 millions au total pour assurer la viabilité du club. Le Havre avait en plus interdiction de recruter à titre onéreux cette saison et proposait des salaires plafonnés à 20-25 000 euros bruts mensuels. Résultat quasi inévitable : encadrement DNCG au minimum, vente de joueurs obligatoire cet été.
L’OM devra vendre rapidement avant le 30 juin pour alléger le chèque que McCourt devra signer malgré tout. Sans qualification en Ligue des Champions, les revenus en moins pèsent lourd dans l’équation. L’OL, lui, ne va probablement pas opter pour un apport en capital mais plutôt pour des montages financiers : abandon de créances ou nouveau prêt. Ventes de joueurs obligatoires également. La situation avec John Textor et Eagle Football ajoute une couche d’incertitude durable.
National 1 : Rouen, Orléans et plusieurs clubs à risque
Le FC Rouen était le dossier le plus angoissant de la troisième division, mais une bonne nouvelle est tombée : l’actionnaire Tarkan Ser s’est engagé en interne à garantir les fonds nécessaires pour la DNCG. Il devra montrer entre 3 et 5 millions. Ouf pour les supporters rouennais, mais le budget de la saison prochaine sera drastiquement réduit après avoir divisé par deux les dépenses.
Orléans devra trouver entre 2 et 3 millions, avec des dettes URSSAF accumulées depuis des années. Un projet de reprise existe mais rien n’est acté. Bastia, qui descend, devra aussi remettre 2 à 3 millions. Bourg-en-Bresse n’a pas de solution pérenne et risque un encadrement. Valenciennes perdait 1 million par mois cette saison : l’actionnaire va remettre, mais à quel prix ?
Le cas Bordeaux : l’interdiction FIFA, plus dangereuse que tout
Molina réserve un développement particulier à Bordeaux, qui n’est plus en Ligue 2 mais dont la situation illustre les pires scénarios. Le club fait face à une interdiction de recrutement FIFA pour trois mercatos, y compris pour les équipes jeunes. La raison : un transfert non payé. Les avocats du club tentent de contester via le droit commercial français, mais Molina est catégorique : la FIFA ne fait pas de dérogations. La jurisprudence de New York FC et de Boavista le confirme. Pour Bordeaux, le risque d’implosion totale est réel, indépendamment même des questions financières.
Le bilan global de Molina est nuancé : il y aura selon lui moins de casse que l’été dernier. Mais le modèle économique du football français reste structurellement fragile, dépendant du bon vouloir de propriétaires qui voient leur investissement se déprécier d’année en année sans retour sur investissement.


