Dujeux débarque à Lorient : portrait d’un coach trop longtemps sous-estimé

par | Juin 9, 2026 | Lorient

Lorient Alexandre Dujeux Portrait

Alexandre Dujeux va signer à Lorient. Le technicien de 50 ans, qui vient de quitter Angers à l’amiable après trois ans et demi de bons et loyaux services, prend la succession de son ami Olivier Pantaloni chez les Merlus. Deux saisons plus une troisième en option. Un choix qui a du sens, une trajectoire qui mérite d’être racontée. Portrait d’un entraîneur discret que le football français sous-estime depuis trop longtemps.

Dujeux à Lorient, c’est une histoire qui commence par une amitié. Celle qui le lie à Olivier Pantaloni depuis plus de vingt ans, nouée sur un banc de touche à Tours, renforcée pendant presque dix ans à Ajaccio. Quand Pantaloni quitte les Merlus à l’issue de la saison, les dirigeants lorientais cherchent son successeur. Ils finissent par appeler celui que Pantaloni considère comme son ami le plus proche dans le football. La boucle se referme.

L’AJA, le socle de Dujeux

Pour comprendre Dujeux, il faut commencer par l’AJ Auxerre. L’Ardennais arrive dans l’Yonne en 1990, à 14 ans. Il y passe neuf ans, remporte la Coupe Gambardella en 1993, dispute l’Euro U18 en 1994, et s’entraîne quotidiennement avec des joueurs qui feront carrière en haut niveau. Mais la porte du groupe professionnel ne s’ouvre jamais pour lui.

Son partenaire de formation Benjamin Nivet, qui a connu le même chemin, résume : «L’AJA te marque à vie et c’est grâce à sa formation qu’on a réussi à devenir pros. On s’entraînait avec les pros, mais on avait un vestiaire à côté pour se changer. Ça t’apprend l’humilité.» Dujeux lui-même reconnaît en privé qu’il était sans doute «un peu trop juste» pour s’imposer à Auxerre. Cette lucidité sur soi-même dit beaucoup sur l’homme.

Guy Roux, qui l’a vu travailler pendant des années, garde le souvenir d’un joueur «impeccable, estimé, appliqué, combatif. Un garçon très bien éduqué, disponible, discipliné.»

Une carrière de joueur solide, 400 matchs sans lumière

Dujeux quitte Auxerre à regret en 1999 pour Châteauroux, où il retrouve son ami Nivet. S’ensuivent Le Havre, Troyes, l’AC Ajaccio, Tours. Plus de 400 matchs professionnels en deuxième division, sans jamais accéder à la Ligue 1 en tant que joueur. Un latéral rugueux défensivement, avec une qualité de centre et de frappe, habile des deux pieds. Le genre de joueur sur lequel on peut compter, sans lequel une équipe serait moins solide, mais qui fait jamais parler de lui.

Il raccroche les crampons en 2010 à Tours, sur proposition de Max Marty, le directeur général du club, qui lui propose d’intégrer le nouveau centre de formation. Alexandre Dujeux dit oui sans hésiter. La transition est naturelle.

Dujeux, l’entraîneur formateur : Kamara, Santamaria, Bédia

À Tours, Dujeux prend en charge les U19 nationaux. Les résultats parlent : Bingourou Kamara, Baptiste Santamaria, Chris Bédia et d’autres passeront par ses mains avant de faire carrière en professionnels. Gérald Baticle, qui deviendra son patron à Angers, le résume : «Il s’en sort très bien avec peu et lance des pépites formées au club ou venues de l’extérieur. Comme moi, il a la transmission gravée en lui grâce à l’AJA.»

En octobre 2014, Pantaloni démissionne de Tours. Dujeux, son adjoint, prend les rênes en urgence à 38 ans pour sauver un club en zone de relégation. Mission accomplie. Mais sans BEPF, il ne peut pas continuer officiellement. Il rejoint Pantaloni à Ajaccio en 2015. Neuf ans de compagnonnage en Corse, deux fois aux portes de la montée en Ligue 1. Une relation qui dépasse le cadre professionnel : «Alex, au-delà du côté professionnel, c’est un ami. Pendant les vacances, quand il va sur Ajaccio et que je m’y trouve, très vite, on se voit, on déjeune ensemble», confie Pantaloni.

Angers : trois ans et demi de miracle budgétaire

En mai 2021, Gérald Baticle le recrute comme adjoint au SCO d’Angers. Quand Baticle part, Dujeux prend la suite en mars 2023. Ce qui suit est remarquable : une montée en L1, deux maintiens consécutifs en Ligue 1 avec l’un des budgets les plus faibles de la division. Des joueurs développés, une identité de jeu construite, un public qui adhère. Pas de superstar, pas de filet de sécurité financier. Juste du travail et du caractère.

Son départ d’Angers, qualifié d’«amiable» par les deux parties, intervient en juin 2026. Nice et Auxerre pensaient également à lui. C’est Lorient qui l’emporte, sans doute parce que la connexion Pantaloni a pesé dans la balance. Et parce que les Merlus ont compris qu’ils recrutaient un entraîneur qui fait mieux que ce que son profil laisse supposer.

Discret, compétent, formé à l’école de Guy Roux, rodé par vingt ans de football professionnel : Lorient a sans doute fait le bon choix. L’avenir le dira.

Sources : Le Télégramme, L’Équipe, Le Figaro, RMC Sport

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Thomas Delcourt

Thomas Delcourt

Journaliste spécialisé Ligue 1, Ligue 2 et mercato sur Morning Foot.

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