Les Kita ont détruit le FC Nantes, et ce n’est peut-être pas fini
Relégué en Ligue 2 après une saison catastrophique, le FC Nantes paie le prix d’années de dysfonctionnements internes. Romain Molina a livré une analyse sans concessions sur la gestion du club par la famille Kita. Voici ce qu’il en ressort.
Kita – Nantes : Un organigramme sans vrai patron
Premier constat de Molina : le FC Nantes n’a ni directeur sportif, ni coordinateur sportif, ni directeur administratif réel. Ce qui existe à la place, c’est une accumulation de postes redondants et coûteux. Deux directeurs commerciaux pour le même rôle, un secrétaire général basé à Paris quasiment jamais présent, une DRH en télétravail quasi-permanent. « Il y a plus de gens pour être directeur commercial que pour faire le recrutement à Nantes », lâche Molina, cinglant. Résultat : personne ne pilote vraiment le club, et les décisions remontent directement à Waldemar Kita, entouré d’une cour de conseillers informels.
Le FC Nantes de W. Kita mérite la Ligue 2, les chiffres font peur
Kita : Le père, le fils, et la guerre permanente
La gouvernance du FC Nantes repose sur un duo qui ne s’entend sur quasiment rien. Waldemar Kita a placé son fils Franck comme directeur général, mais les deux s’opposent en permanence : sur les ventes de joueurs, sur les coachs, sur les offres de rachat du club. « Le père ne veut pas, le fils à un moment donné était ouvert », résume Molina, qui décrit des désaccords sur presque chaque dossier majeur, d’Abline à Kombouaré.
Franck Kita est décrit comme de plus en plus absent, coupé de l’administration, sans relation de travail réelle avec les directeurs en place. « Aujourd’hui, Franck Kita est plus isolé que jamais ». Quand il revient, sa première visite est pour Anthony Lopes, dont l’influence sur les décisions sportives est pointée comme l’une des causes du licenciement de Luis Castro.
Nantes : Des courtisans à tous les étages
Molina décrit un club dirigé par les émotions et les murmures. Waldemar Kita écoute en pêle-mêle ses directeurs commerciaux, le responsable de la billetterie, d’anciens kinés, des agents comme Bayat et Sanogo, ou encore Pascal Praud. « Nantes, c’est un club qui est dirigé par la peur, par les émotions, par les courtisans et surtout par la dernière personne qui va murmurer à l’oreille du papa ou du fils. » Chacun conseille, personne n’assume. Quand les décisions tournent mal, les Kita utilisent ces intermédiaires comme fusibles.
Waldemar Kita lui-même est décrit comme imperméable à toute analyse rationnelle : « Il se fie aux cancans, à qui lui souffle dans l’oreille, à qui il aime bien en ce moment ou à la télé. Sissoko, c’est un joueur équipe de France, on lui met 300 000 par mois. » Une logique qui n’a aucun sens au regard de la grille salariale nantaise.
Nantes : Une catastrophe financière annoncée et non anticipée
Le chiffre est brutal : l’an dernier, Nantes générait environ 42 millions d’euros de revenus pour une masse salariale de 55 millions. Le déficit structurel atteignait 52 millions. Waldemar Kita a sorti son chéquier, les joueurs ont été bradés. Mais rien n’avait été anticipé, notamment la chute des droits TV. « Nantes, contrairement à d’autres clubs, n’a rien anticipé. »
Cet été, la masse salariale a été réduite à la va-vite, tombant parmi les plus faibles du championnat. Molina pointe l’absurdité de la séquence : « Des joueurs qu’ils voulaient déjà cet été, ils les ont recrutés en janvier. Vous vous rendez compte à quel point ça n’a aucun sens ? »
Castro sacrifié, Vahid trop tard, vestiaire explosé
Luis Castro avait convaincu lors de la préparation estivale. Selon Molina, la direction se voyait même viser l’Europe. La réalité de l’effectif, trop court, a tout rattrapé. Castro a été sacrifié sur pression d’Anthony Lopes et d’autres cadres. Ahmed Kantari a succédé dans le chaos. Vahid est arrivé trop tard, héritant d’un vestiaire que Molina décrit sans détour comme « une armée mexicaine », d’un manque de réussite chronique et d’une spirale négative impossible à enrayer.
Nantes : Aucune remise en question en vue
Ce que Molina juge le plus accablant, c’est l’absence totale de prise de conscience. Les Kita repartent en Ligue 2 avec le même organigramme troué, les mêmes tensions internes, sans directeur sportif, sans coordinateur, sans cap clair. « Ils veulent pas changer de fonctionnement. On est prêt à partir avec encore les administratifs qui peuvent pas avec le fils, sans directeur sportif, sans coordinateur. Et il pense s’en sortir. »
Pour Molina, la logique des propriétaires serait d’attendre une remontée rapide et une revalorisation des droits TV pour revendre le club à bon prix. Un pari risqué, alors que Montpellier et d’autres clubs relégués avant eux attendent toujours leur remontée. « À force d’être trop gourmand, ça risque de vous péter entre les doigts. »
Source : analyse de Romain Molina