Ian Cathro débarque à Saint-Étienne (ASSE) avec une réputation construite au Portugal. Deux saisons à Estoril, un style de jeu salué par les observateurs lusitaniens, une philosophie offensive assumée. Mais que disent vraiment les données sur l’évolution de son équipe entre 2023-2024, 2024-2025 et 2025-2026 ? Et surtout, à quoi peut-on s’attendre avec l’ASSE en Ligue 2 ? Les radars Data’Scout racontent une histoire plus complexe qu’il n’y paraît.
Quand un entraîneur arrive dans un nouveau club, les discours précèdent toujours les faits. Cathro est présenté comme un technicien audacieux, adepte du jeu de possession, du pressing haut, du football offensif. C’est ce que disent les mots. Les données, elles, nuancent le tableau mais révèlent une évolution significative entre ses deux saisons à Estoril.
Entre 2024 et 2026 : Estoril a changé de visage
La comparaison des trois saisons d’Estoril est instructive. En 2023-2024, avant l’arrivée de Cathro, le club affichait une possession à 53, une verticalité à 59, un pressing à 31, une imperméabilité à 68. Un profil équilibré, sans signature tactique forte.
Sa première saison complète (2024-2025) transforme plusieurs curseurs : possession monte à 52, endurance explose à 72, intensité à 59, aérien à 56. L’empreinte Cathro commence à apparaître. L’équipe court plus, dispute plus de duels aériens, tient mieux physiquement. Le pressing reste modeste (19), mais l’endurance et l’intensité font leur apparition.
La deuxième saison (2025-2026) est celle de la mutation profonde. Possession bondit à 63, résistance au pressing à 60, agressivité à 67, imperméabilité à 66, bloc bas à 69. L’équipe joue plus avec la possession, résiste mieux quand elle n’a pas le ballon, et défend souvent plus bas que la saison précédente. Le pressing chute à 22. L’endurance redescend à 61. Fatigue ou pragmatisme ?
En clair : Cathro a construit en deux ans une équipe qui garde davantage le ballon, qui défend relativement bas quand il le faut plutôt qu’en pressing haut, et qui a gagné en agressivité et en imperméabilité. Ce n’est pas le profil offensif ultra-dominant qu’on lui prête parfois dans les discours.

Le grand écart avec l’ASSE 2025-2026
C’est là que le radar à trois clubs devient vraiment révélateur. Saint-Étienne sous Horneland / Montanier cette saison affichait des valeurs différentes de celles d’Estoril. Possession à 100 de centile en Ligue 2, résistance au pressing à 96, pressing à 81, agressivité à 83, intensité à 72, verticalité à 59. L’ASSE de Montanier était une équipe qui dominait le ballon en Ligue 2, pressait haut, courait beaucoup. Mais les chiffres de cette équipe sont marqués par le passage preignant d’Eirik Horneland.
Estoril sous Cathro cette saison : possession à 63, pressing à 22, agressivité à 67, intensité à 42, bloc bas à 69. Les deux profils sont aux antipodes sur plusieurs critères fondamentaux. Le pressing de l’ASSE était à 81, celui d’Estoril à 22. L’intensité stéphanoise était à 72, celle d’Estoril à 42.
Cathro arrive dans un groupe habitué à un football intense et dominant, pour y installer un système plus posé, moins pressant, davantage axé sur la conservation. La transition sera réelle. Dit autrement, Cathro n’est pas Horneland. Ni Montanier. Mais l’entre-deux ?

Ian Cathro : Ce qui va changer concrètement pour l’ASSE
Le premier changement visible sera dans l’utilisation du ballon. L’ASSE de Horneland jouait vite, vertical, avec une résistance au pressing élevée. Cathro a clairement des similitude. Il s’appuie sur une construction propre depuis l’arrière. Exemple parlant, Estoril était l’équipe la plus grande (en taille) du championnat. Et pour autant, il s’agissait de l’une des équipes qui centrait le moins, et utilisait le moins le jeu aérien. Autre similitude avce Eirik Horneland.
Autre changement concerne le pressing. 81 de centile sous Horneland / Montanier, 22 chez Cathro à Estoril. Un fossé est énorme. Cathro aime presser haut. Mais ne le demande pas de manière systématiquement comme le norvégien. Il préférera un bloc organisé, une récupération à mi-hauteur, des transitions propres. Pour les stéphanois, cela signifie moins d’efforts défensifs mais plus de responsabilités dans la construction. Jouer sans peur : son obsession. La justesse technique sera centrale.
Les signaux positifs que les données envoient
La progression d’Estoril entre la saison 2023-2024 et 2025-2026 est réelle et lisible. Sur deux ans, Cathro a augmenté la possession de 53 à 63, l’agressivité de 22 à 67, l’imperméabilité de 68 à 66 (stable), la résistance au pressing de 51 à 60. Il sait faire progresser un groupe sur la durée.
Il prend aussi en main une équipe qui possède déjà une culture de la possession et du pressing. L’ASSE était habituée à jouer avec le ballon. Cathro n’aura pas à construire cette culture de zéro. Il s’inscrit dans une certaine continuité tactique. Il devra la transformer, l’adapter à sa méthode, en réduisant l’intensité du pressing et en augmentant la patience dans la circulation et surtout la justesse technique face au bloc adverse.
La Ligue 2 2026-2027 sera le vrai test. Une division probablement plus physique que la Liga Portugal, avec des adversaires qui joueront en bloc bas, qui joueront long et tenteront de prendre l’ASSE dans le dos. Cathro devra trouver l’équilibre entre sa philosophie de possession et les exigences pratiques d’un championnat rugueux.
Ce que les données confirment : il a progressé en deux ans à Estoril. Ce qu’elles interrogent : l’écart entre Estoril et l’ASSE sur certains points relevé.
La variable qui comptera obligatoirement sera évidemment celle de l’effectif à sa disposition. Avec quels joueurs pourra-t-il développer son jeu ?
Source : Data’Scout (datascout.pro)


