FC Nantes : Waldemar Kita dit tout sur la vente du club
Trois propositions de rachat sur la table, un bilan qu’il refuse de qualifier de positif, et une charge à peine voilée contre les institutions locales : Waldemar Kita s’est livré sans filtre sur l’avenir du FC Nantes, dix-neuf ans après avoir pris les rênes du club.
Alors qu’il s’apprête à entamer sa vingtième année à la présidence du FC Nantes, Waldemar Kita n’a pas cherché à enjoliver la situation lorsqu’on lui a demandé le bilan qu’il dresserait s’il devait partir prochainement. « Je ne peux pas dresser un bilan positif. C’est impossible. Je n’ai pas fait ce que je voulais », a-t-il reconnu, revenant sur son arrivée en 2007 et sur l’idée reçue qu’il aurait voulu effacer le passé du club. « C’est faux. J’ai d’ailleurs rencontré Suaudeau et Denoueix. Ils ne voulaient pas revenir. Vingt ans après, c’est la même chose, l’état d’esprit a changé. »
Sur la descente en Ligue 2, le constat reste tout aussi sévère. « Eh bien non, ça ne va pas ! Même s’il ne faut pas oublier qu’on a gagné la Coupe de France en 2022 et qu’on était en finale en 2023 », a-t-il tempéré, avant d’évoquer les conditions qui, selon lui, expliquent en partie cette trajectoire.
FC Nantes : Le YellowPark, la plaie jamais refermée
Le dirigeant nantais revient sans détour sur ce qu’il considère comme le grand échec de sa présidence : l’abandon du projet de stade YellowPark, doté de 40 000 places et d’un toit rétractable, ainsi que du centre de formation associé. « Il y a un virage que l’on n’a pas pris. On avait un projet magnifique, j’ai dépensé des millions, et on nous a fermé les portes. À l’arrivée, zéro ! La mairie aurait gagné 20 millions sur la vente de terrains. Aucune métropole n’a gagné autant d’argent de cette façon », dénonce-t-il, avant de conclure sur une comparaison amère. « Sans bon outil, vous ne pouvez pas bien travailler. Quand je vois ce que certains clubs, comme Paris, font… »
Un ras-le-bol assumé après dix-neuf ans
Sur son état d’esprit personnel après près de deux décennies à la tête du club, le président nantais reconnaît une certaine lassitude, sans pour autant parler de renoncement. « Non, je n’ai jamais dit ça ! Maintenant, il est normal que je puisse éprouver un certain ras-le-bol. C’est possible. À certains moments, que ce soit dans la vie privée ou professionnelle, on a tous des hauts et des bas. Personne n’y échappe. Parfois, on est un peu démotivé, on se dit : « Merde, j’aurais dû faire ça, etc. » Mais je suis encore là. Pour aider à la bonne marche du club », confie-t-il.
Il va même plus loin sur ses propres doutes concernant sa légitimité à la tête du club. « J’attaque ma vingtième année. Je me pose beaucoup de questions à mon égard. Un truc ne va pas. Peut-être ne suis-je pas fait pour ça. La passion va peut-être trop loin. J’essaie d’être dans l’humain, que le club soit familial, etc. Aujourd’hui ou demain, il est peut-être important que je passe la main… »
FC Nantes : Trois propositions de rachat confirmées
C’est l’une des révélations marquantes de cet entretien : Waldemar Kita confirme avoir reçu plusieurs offres concrètes pour céder le club. « Trois propositions, oui. Il y a trois propositions, il faut dire les choses comme elles sont », affirme-t-il sans détour. Interrogé sur une éventuelle piste émanant de fonds britanniques, il balaie catégoriquement cette rumeur. « Ça, c’est du pipeau ! C’est n’importe quoi. » Concernant une possible origine américaine, le président reste plus évasif, invoquant des clauses de confidentialité qui l’empêchent de développer davantage le sujet.
Sur les conditions nécessaires à la concrétisation d’une vente, Kita se montre exigeant. « Il y en a mais il faut que les choses soient beaucoup plus sérieuses. Il faut tout analyser. Ce n’est pas que le seul fait d’acheter le club. C’est comment tu peux le faire fonctionner, etc. », explique-t-il, avant de lâcher, non sans une pointe d’ironie sur sa propre impopularité auprès d’une partie du public. « Après, je pense que beaucoup de gens vont être contents. » Sur une date butoir pour son départ, il refuse de se fixer une échéance précise. « Je ne suis pas à un mois ou deux près, voire à une année. Je ne suis pas pressé. Ce que je veux, c’est que ça soit bien fait. »
200 millions investis, « pas gagné un centime »
Sur le volet financier, souvent pointé du doigt par les observateurs du club, Waldemar Kita s’est montré particulièrement offensif pour défendre son bilan économique. « Ça, c’est le raisonnement de gens qui ne comprennent rien à l’économie ! Si vous regardez bien, si un joueur m’a rapporté de l’argent, on l’a réinjecté aussitôt dans le club. C’est aller-retour. Ce n’est pas pour moi », explique-t-il, avant de chiffrer précisément son investissement total depuis son arrivée. « Si on vous donne 50 euros, que faites-vous ? Vous êtes-vous posé la question de savoir combien on a dépensé ? Eh bien, la réponse est 200 millions. »
Il détaille également l’ampleur de son engagement financier sur la seule saison passée, marquée par la relégation. « La saison passée, j’ai mis 47 millions d’euros sinon on ne peut pas continuer plus loin. Moi, on ne me permet pas de laisser des dettes. D’autres clubs, eux, en ont à des montants astronomiques et il n’y a pas de problème, tout va bien », ironise-t-il, avant de balayer fermement toute accusation d’enrichissement personnel sur le dos du club. « Bien évidemment. Je n’ai pas gagné un centime. Il faut être bête pour dire que j’ai gagné de l’argent au FC Nantes. Et, depuis 19 ans, je ne compte même pas mes frais personnels que je ne me fais pas rembourser. »
FC Nantes : Un club qui « vit comme en Ligue des champions »
Concernant la valeur actuelle du club, Kita refuse de donner un chiffre définitif tout en insistant sur le train de vie qu’il assure au quotidien. « Il n’y a pas de prix. Ça peut valoir zéro comme ça peut valoir beaucoup. Maintenant, le prix n’est plus le même depuis qu’il est descendu en L2. En sachant que, niveau droits TV, on touche le même montant que lorsqu’on était en L1, durant deux saisons. C’est un avantage », précise-t-il, avant d’insister sur sa gestion irréprochable malgré les critiques récurrentes. « Mais ce n’est pas un mea culpa, c’est la vérité ! La seule chose que l’on ne peut pas me reprocher, je n’ai rien demandé à personne. Et, aujourd’hui, le club vit comme en Champions League. Le bilan, vous pensez que je n’en suis pas conscient ? Attendez, je ne suis pas idiot… »
FC Nantes : Une recrue pour tout changer au FCN
Une présidence encore ouverte, mais fragilisée
Malgré ce faisceau d’indices concordants sur une lassitude grandissante, Waldemar Kita clôt cet entretien en refusant de fixer une porte de sortie précise, se disant toujours ouvert à d’éventuelles discussions sérieuses si elles venaient à se présenter. Reste que ce constat d’échec assumé, couplé à la confirmation de trois offres de rachat concrètes, place le président nantais dans une position inédite après dix-neuf ans passés à la tête du club, entre fierté d’avoir tenu bon financièrement et regrets profonds sur un projet d’infrastructures jamais abouti.