Formé à Anderlecht, aujourd’hui au Stade de Reims, Théo Léoni s’est livré sans filtre sur son parcours, ses doutes et les coulisses d’une carrière loin d’être aussi linéaire qu’elle n’y paraît. Retour sur une interview rare, où le milieu de terrain belge lève le voile sur des années de sacrifices et de remise en question.
Théo Léoni raconte une enfance marquée par la passion transmise par son père, d’origine italienne. « En 2006, l’Italie a été championne du monde et mon papa, qui est italien, donc j’ai suivi avec lui. Et donc là, je lui ai demandé pour pouvoir commencer le football », confie le milieu de terrain, qui pratiquait pourtant le tennis. Depuis, l’attachement au ballon rond n’a fait que grandir, jusqu’à devenir une évidence : « C’était mon rêve. Et aujourd’hui, ça reste toujours un objectif encore ».
Onze ans, et déjà les sacrifices d’un footballeur pro
À 11 ans, Léoni rejoint le centre de formation d’Anderlecht, synonyme d’un bouleversement total du quotidien familial. « C’est vrai que c’est quatre entraînements par semaine, plus le match le samedi. C’est aller à Anderlecht, aller-retour juste après l’école. C’est rentrer, faire vite, prendre la voiture, aller manger dans la voiture, faire ses devoirs dans la voiture, s’entraîner, rentrer », décrit-il, insistant sur l’implication de son père dans cette organisation quotidienne. « On rentre à la maison vers 21h, 22h, il faut manger, puis il faut aller dormir parce que le lendemain, il y a l’école ».
Pour le jeune Théo Léoni, jamais de calcul ni de regret sur ce sacrifice : « Je suis toujours quelqu’un qui ne calcule pas. Je pense que ça compte aussi, ne pas calculer, le faire à 100% ». Un mindset qu’il attribue directement en partie à sa réussite, quitte à sacrifier une adolescence classique : « Il y a l’anniversaire de ton pote, il y a la soirée en ville où tout le monde se rejoint, ce n’est pas grave, tu n’iras pas et tu resteras à la maison ».
Théo Léoni : Un hommage appuyé à ses parents
Interrogé sur sa dette envers son père, qui multipliait les trajets après ses propres journées de travail, Léoni ne minimise rien : « Sans lui et sans ma maman, je ne serais jamais là où j’en suis aujourd’hui. Ils m’ont énormément aidé. Et puis, sans eux, sans l’éducation, sans l’aide quotidienne mentale aussi, le soutien, je ne serais pas là ». Il n’oublie pas non plus sa sœur Elisa, évoquant une « famille unie », élément qu’il place aujourd’hui parmi ses plus grandes fiertés.
Vingt-deux ans et toujours aucun match professionnel
Le parcours de Léoni n’a rien eu de linéaire. Ses débuts professionnels en Challenger Pro League ne surviennent qu’en 2022, à 22 ans, un âge tardif pour un joueur formé dans un grand centre comme celui d’Anderlecht. « Tu vois les années passées, les jeunes joueurs commencent à 16 ans, 17 ans, 18 ans, 19 ans. C’est vrai que moi, à 22 ans, je n’ai pas joué à un match professionnel. Ce n’est pas facile », confie-t-il, évoquant des mois entiers de doute.
Malgré tout, jamais de plan B envisagé : « J’ai jamais eu de plan B. Je me suis dit, pour moi, c’est ça que je veux faire, c’est ça que j’avais envie de faire. C’est mon rêve, c’est ma passion ». Une obstination qui trouve son origine dans une réforme du football belge en 2020-2021, ayant conditionné la montée en Challenger Pro League des quatre meilleures équipes espoirs, dont celle d’Anderlecht, alors capitanée par Léoni lui-même.
Théo Léoni : Le poids invisible du football professionnel
Au-delà des paillettes, l’international espoirs belge insiste sur la dureté psychologique du métier : « Dans un stade, il y a 20 000 personnes, il y a 20 000 coachs déjà. Ce n’est pas bon. C’est toi ou c’est un autre, ça va vite ». Une pression qu’il compare à une instabilité permanente, forgée dès le plus jeune âge dans les rangs de la formation : « Demain, tu as un jeune qui peut arriver, il prend ta place. C’est comme ça aujourd’hui. Tu dois refaire tout le lendemain ».
Il résume cette réalité peu visible du grand public : « Les gens voient toujours le top du top. Ils voient toujours les confettis. Mais il y a tout le reste que les gens ne voient pas et ne comprennent pas. Et puis, rarement ou n’ont jamais vécu ».
Une fidélité absolue à Anderlecht, malgré les sollicitations belges
Au moment de quitter Anderlecht faute de temps de jeu, plusieurs clubs belges se sont positionnés sur son profil, dont Charleroi et l’Union Saint-Gilloise. Mais Léoni a toujours refusé catégoriquement de rejoindre un concurrent direct du club mauve : « J’ai trop d’attachements pour Anderlecht. J’ai trop aimé et j’aime trop Anderlecht parce qu’ils m’ont trop aidé ». Une position assumée jusqu’au bout, y compris face à ses propres agents : « Je me souviens à mes agents, l’été passé, ils me parlaient de clubs en Belgique. Je disais non, non, ça ne sert à rien ».
Le joueur reconnaît néanmoins que cette fidélité pourrait, à terme, se retourner contre lui sur le plan strictement sportif : « En Belgique, ça ne va pas m’aider parce que je suis belge ». Seul Charleroi, son club formateur d’origine, trouverait grâce à ses yeux en cas de retour au pays.
Reims, la bouffée d’air frais après une fin compliquée pour Théo Léoni
Le choix du Stade de Reims s’explique par plusieurs facteurs convergents : la proximité géographique avec la Belgique, l’ambition sportive du projet rémois et surtout, un besoin viscéral de retrouver du temps de jeu après une fin de parcours douloureuse à Anderlecht sous les ordres d’Abdelhak Nouri… pardon, du coach Aziz. « Je ne jouais plus et j’étais en tribune, donc je n’étais pas épanoui », confie Léoni, qui a immédiatement retrouvé du plaisir en rejoignant la Champagne : « Retrouver le terrain, le stade, les pelouses, et puis un super club avec des top infrastructures, c’est clair que ça fait du bien ».
Théo Léoni : Une valeur marchande qui grimpe en Ligue 2
Signe de la pertinence de ce choix, sa valeur marchande a progressé depuis son arrivée en France : « En arrivant à Anderlecht, j’étais à 3 millions d’euros. Et ici, en jouant à Reims une saison, je suis remonté à 4 millions ». Une progression qu’il attribue directement à la visibilité offerte par le championnat français : « Pour te dire que, joué en Ligue 2 en France, j’ai repris de la valeur marchande qui fait quand même 25%, même 30% ».

Les débordements de supporters relativisés par l’expérience anderlechtoise
Interrogé sur l’épisode marquant du printemps dernier, lorsque des supporters rémois s’étaient rendus au club pour exprimer leur mécontentement après une série de matchs nuls, Léoni relativise largement l’événement au regard de son vécu à Anderlecht : « À Anderlecht, les supporters sont beaucoup plus durs. Ils attendent beaucoup et la pression Anderlecht est vraiment élevée ». Une carapace forgée dans le Chaudron… pardon, dans le temple mauve de Bruxelles, qu’il a su réutiliser pour épauler ses coéquipiers rémois : « Je suis un des gars qui a dû répondre, qui a dû mettre en avant. J’ai discuté avec eux jusqu’à pas d’heure, pour leur expliquer, leur faire comprendre ».
Théo Léoni : La famille avant tout
Devenu récemment papa d’un petit Roméo, Léoni conclut cette interview sur une note personnelle, plaçant clairement ses priorités : « Ce que je suis le plus fier, c’est de ma famille, c’est de mon fils. Le football, c’est temporaire, c’est des moments. Mais ta famille, c’est pour la vie ». Il cite d’ailleurs sa mise en couple avec sa compagne Charlotte, en octobre 2019, comme la meilleure décision de sa vie, avant même ses choix sportifs : « Être stable dans le monde du foot et puis même être épanoui, être heureux, rentrer chez toi, être content, je crois que vraiment, c’est un bonheur ».
Source : Interview YouTube, chaîne Humains


