La 535e Lettre hebdomadaire de l’Observatoire du football CIES apporte un éclairage particulièrement instructif sur les dynamiques défensives en Ligue 1. À travers un indice de pression construit sur quatre critères avancés, l’étude met en évidence une domination nette du Paris Saint-Germain, tout en révélant des philosophies de jeu très contrastées derrière lui.
Le pressing, longtemps perçu comme un simple outil d’intensité, est devenu un marqueur identitaire. Le CIES l’a mesuré à partir de données précises : la hauteur moyenne des pressions exercées, la rapidité à interrompre les possessions adverses, la fréquence des interventions défensives relativement aux passes concédées, ainsi que le volume de fautes commises dans le dernier tiers hors possession. Chaque indicateur est exprimé en ratio par rapport à la moyenne de la ligue, ce qui permet de comparer les équipes entre elles avec une certaine finesse analytique.
Le PSG, une pression structurée et assumée
Avec un indice global de 94,2, le Paris Saint-Germain domine très largement la Ligue 1. Mais au-delà du chiffre brut, ce sont les composantes qui frappent.
Paris affiche une hauteur de pression de 1,14, preuve d’un bloc qui défend loin de son but, mais surtout une rapidité à casser les possessions adverses évaluée à 1,30, la plus élevée du championnat. Cette donnée illustre parfaitement l’évolution opérée sous Luis Enrique : le PSG ne se contente plus de contrôler le ballon, il cherche désormais à le récupérer immédiatement après perte, dans une logique de harcèlement coordonné.
La fréquence des interventions défensives (1,19) confirme cette agressivité maîtrisée, tandis que le volume de fautes dans le dernier tiers (1,06) reste contenu, signe d’un pressing organisé plutôt que désordonné. Paris presse haut, vite, et sans sombrer dans l’excès.
Ligue 1 : Monaco et Marseille, intensité maximale mais plus risquée
Derrière le PSG, l’AS Monaco (86,0) et l’Olympique de Marseille (85,1) complètent le podium.
Monaco se distingue par une rapidité d’interruption des possessions (1,15) très élevée, mais surtout par un volume important de fautes dans le dernier tiers (1,33), ce qui traduit une pression agressive, parfois à la limite. Marseille pousse encore plus loin cette logique, avec un indicateur de fautes culminant à 1,36, le plus élevé de Ligue 1.
Ces chiffres dessinent deux équipes qui assument une intensité forte, quitte à accepter une part de risque, là où le PSG parvient à conjuguer pressing haut et contrôle structurel.
Lille et Lyon, la discipline avant tout
Le LOSC Lille et l’Olympique Lyonnais (80,4 chacun) incarnent un modèle plus équilibré.
Lyon affiche la meilleure fréquence d’interventions défensives du Top 5 (1,16), ce qui traduit une capacité à multiplier les actions défensives sans nécessairement presser plus haut que la moyenne (1,02). Lille, de son côté, combine une hauteur correcte (1,04) et une rapidité satisfaisante (1,10), dans un registre davantage basé sur la coordination collective que sur l’emballement.
Ces équipes montrent qu’un pressing efficace ne se résume pas à l’agressivité, mais repose aussi sur l’organisation.
Le ventre mou : un pressing plus situationnel en Ligue 1
Plus bas dans la hiérarchie, des formations comme le RC Lens (74,9), le RC Strasbourg Alsace (71,8) ou le Paris FC (71,0) présentent des indices intermédiaires.
Lens reste cohérent, avec des ratios proches de 1 sur l’ensemble des critères, sans excès ni faiblesse marquée. Strasbourg presse relativement haut (1,02) mais interrompt moins rapidement les possessions adverses (0,95), ce qui traduit un pressing davantage structurel que dynamique.
Ces équipes adoptent un modèle plus circonstanciel, alternant bloc médian et phases de pression ciblées.
Angers et Lorient, des blocs plus prudents de Ligue 1
En bas du classement, l’Angers SCO (40,6) et le FC Lorient (39,6) affichent des indices nettement inférieurs.
Les ratios de rapidité (0,84 pour Angers, 0,86 pour Lorient) et de fréquence d’interventions témoignent d’un pressing limité. Ces équipes privilégient davantage la protection de leur surface que la récupération haute, dans une logique de bloc plus bas et plus compact.
Ce choix tactique n’est pas nécessairement synonyme de faiblesse, mais il illustre une philosophie différente, moins portée sur la conquête immédiate du ballon.
Une photographie tactique du championnat
Ce classement dépasse la simple statistique. Il offre une photographie précise des orientations stratégiques en Ligue 1.
Il montre un PSG désormais aligné sur les standards européens en matière d’intensité et de récupération rapide. Il met en lumière des équipes ambitieuses, prêtes à presser fort mais parfois au prix d’une certaine indiscipline. Il révèle aussi des formations qui misent sur la gestion des espaces plutôt que sur l’agression permanente.
Dans le football contemporain, la capacité à récupérer vite et haut conditionne la maîtrise territoriale et la création d’occasions. À ce jeu-là, le PSG apparaît aujourd’hui comme la référence nationale.
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