Michel Platini sans filtre : FIFA, entraîneurs, football moderne… il dit tout

France

par | Mar 10, 2026 | Équipe de France

Michel Platini dans l’After : « Le football appartient plus aux entraîneurs qu’aux joueurs »

Invité exceptionnel de l’After Foot pour les 20 ans de l’émission sur RMC, Michel Platini s’est livré pendant plus d’une heure sur le football d’hier et d’aujourd’hui. L’ancien numéro 10 des Bleus a évoqué son héritage, son regard sur le jeu moderne, la gouvernance mondiale du football et même les entraîneurs. Fidèle à lui-même, il a livré des analyses franches, parfois tranchantes.

« Quand on me dit que j’ai fait rêver les gens… »

La soirée a débuté par un moment chargé d’émotion. Les animateurs de l’After ont longuement évoqué l’impact qu’a eu Michel Platini sur toute une génération de supporters. L’ancien meneur de jeu des Bleus a reconnu être parfois surpris par l’affection que lui témoignent encore aujourd’hui les supporters. « Quand j’entends beaucoup de gens qui disent : “Monsieur Platini, vous nous avez fait pleurer, vous nous avez fait rêver, vous nous avez donné des émotions.” Je vous remercie pour ce que vous avez fait… j’ai été sur les fesses. »

Platini explique qu’il ne mesurait pas forcément cet héritage lorsqu’il était encore au cœur de l’actualité sportive. « Ce n’était pas quelque chose que j’avais ressenti quand j’étais dans l’actualité du sport. »

Aujourd’hui, l’ancien président de l’UEFA dit redécouvrir cette relation avec le public. « Je suis sorti un peu du monde irréel dans lequel je vivais et je suis plus au contact des gens. Les témoignages de sympathie et d’affection sont énormes. »

Platini : Une première saison compliquée à la Juventus

Platini est également revenu sur son arrivée à la Juventus en 1982. Une adaptation loin d’être simple, notamment à cause d’une blessure persistante. « Ça a été compliqué au début. J’avais une pubalgie qui ne passait pas. »

La situation aurait changé grâce à un épisode assez incroyable. « Au mois de janvier, quelqu’un m’a fait connaître une sorte de mage, de rebouteux. Il m’a soigné en quinze secondes. »

Platini raconte la scène avec un mélange d’étonnement et d’amusement. « Il m’a pris le bras, il me l’a tourné dans tous les sens et il m’a dit : “Vous pouvez partir, c’est terminé.” Et j’étais guéri. »

À partir de ce moment-là, tout s’est enchaîné. « À partir de ce moment-là, j’ai marqué pratiquement à tous les matchs jusqu’à la finale de la Coupe d’Europe contre Hambourg. »

Une décennie d’affaire judiciaire et la volonté de riposter

L’ancien dirigeant a également évoqué les dix années de procédure judiciaire qui ont marqué la fin de sa carrière politique dans le football. Acquitté à deux reprises par la justice suisse dans l’affaire FIFA, Platini explique vouloir maintenant passer à l’offensive. « Je ne vais pas lâcher les gens qui m’ont fait du mal. »

Il précise que les premières démarches sont déjà engagées. « Là, c’est une démarche plutôt médiatique. J’ai attaqué des gens qui m’ont accusé de plein de choses avant qu’il y ait eu un jugement officiel. »

Mais ce n’est que le début. « C’est la première démarche. Il y en aura d’autres. » Contrairement à ce que certains pourraient penser, Platini insiste : il ne s’agit pas seulement d’une question d’honneur. « Laver mon honneur, ce sont des grands termes qui ne veulent rien dire. Mon honneur est lavé. Je veux simplement défendre mes droits. »

Infantino : « un très bon numéro deux, mais pas un bon numéro un »

Impossible d’évoquer la gouvernance du football sans parler de Gianni Infantino, l’actuel président de la FIFA. Platini ne mâche pas ses mots. « J’ai dit que Gianni Infantino était un très bon secrétaire général, un bon numéro deux, mais pas un bon numéro un. »

Il reconnaît toutefois les qualités de travail de l’Italo-Suisse. « C’est un mec passionné par le football, un mec qui dort peu et qui travaille énormément. »

Mais pour lui, la fonction de président exige autre chose. « Président, c’est autre chose. Il faut être numéro 10. »

Une Coupe du Monde à 48 équipes… nécessaire mais discutable

Platini a également été interrogé sur l’extension de la Coupe du Monde à 48 équipes. Une réforme qu’il comprend, sans forcément la soutenir. « Je n’ai pas dit que 48 équipes c’était bien. Mais il fallait faire quelque chose. »

L’ancien président de l’UEFA explique la logique politique derrière cette décision. « On ne pouvait pas arriver en 2026 avec quinze pays européens et quatre pays africains. »

Selon lui, les dirigeants doivent aussi penser au développement global du football. « Quand vous êtes président, il faut faire plaisir aux associations nationales. » Il insiste sur l’importance de donner de l’espoir aux petites nations. « Quand vous êtes des équipes comme la Lituanie ou San Marino qui ne gagnent jamais, c’est compliqué de développer le football. »

Les évolutions du football moderne selon Platini

Michel Platini a également partagé son regard critique sur certaines évolutions récentes du football. Il regrette notamment certaines modifications dans la manière de jouer. « Quand tu rêves d’un engagement dans un match de football, tu as les deux attaquants qui se donnent le ballon devant. Maintenant ils font une passe en arrière. »

Une évolution qui le perturbe. « On change complètement les valeurs du football. » Il critique aussi certaines innovations comme les pauses publicitaires. « Les cooling breaks avec trois minutes de publicité, je n’aime pas ça. »

Selon lui, ces pauses devraient être limitées à leur objectif initial. « Tu peux faire boire les joueurs en trente secondes. »

« Le football appartient plus aux entraîneurs qu’aux joueurs »

Mais la phrase la plus marquante de la soirée concerne peut-être le rôle des entraîneurs. Platini estime que leur influence est devenue trop importante dans le football moderne. « Aujourd’hui, le football appartient plus aux entraîneurs qu’aux joueurs. »

Une évolution qui le dérange. « Avant, je disais aux joueurs : joue comme tu sais. »

Aujourd’hui, il voit des joueurs enfermés dans des consignes très strictes. « Maintenant, avec les tablettes, on dit au joueur : tu vas faire ci, tu vas faire ça. » Selon lui, cette approche limite la créativité. « Les joueurs sont stéréotypés. »

Le rôle réel des entraîneurs selon Platini

Platini va même plus loin en remettant en cause l’impact direct des entraîneurs sur les résultats. « Je maintiens ce que j’ai dit : un coach ne fait pas gagner une équipe. »

Il s’appuie sur sa propre expérience de sélectionneur des Bleus. « Si Cantona marquait le but, on gagnait. S’il le ratait, on perdait. Ce n’était pas moi sur le terrain. »

Pour lui, le rôle d’un entraîneur est avant tout psychologique. « Un entraîneur est fondamental sur la psychologie et sur l’entraînement physique. »

Mais pas sur le résultat final. « Sur le résultat du match, il n’est pas responsable. »

Le football d’aujourd’hui : moins de créativité ?

Platini partage également une inquiétude sur l’évolution technique du jeu. Selon lui, le football de rue disparaît progressivement. « Il y a moins de joueurs issus du football populaire. »

Il cite plusieurs joueurs emblématiques de la créativité footballistique. « On a perdu Messi, on a perdu Xavi, Iniesta… »

Selon lui, les centres de formation produisent aujourd’hui des joueurs plus standardisés. « Les joueurs sont formés dès 10 ans d’une façon stéréotypée. »

Une passion toujours intacte chez Platini

Malgré ses critiques, Michel Platini reste profondément attaché au football. « Je suis complètement passionné par ce jeu. »

Même s’il regarde aujourd’hui les matchs de manière plus occasionnelle. « Ce n’est plus mon métier de regarder le football. »

Mais l’amour du jeu reste intact. « J’adore ce jeu. »

Et c’est peut-être ce qui ressort le plus de cette longue interview : derrière les débats, les critiques et les souvenirs, Michel Platini reste avant tout un amoureux du football.

Source : After Foot

Thomas Delcourt

Thomas Delcourt

Journaliste spécialisé Ligue 1, Ligue 2 et mercato pour Morning Foot.
Décrypte l’actualité du football français avec précision et réactivité.

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