Brest : Grégory Lorenzi se livre sur la réussite d’un club à part

Brest

par | Mar 12, 2026 | A la Une, Ligue 1

Directeur sportif du Stade Brestois depuis bientôt dix ans, Grégory Lorenzi a profité de son passage dans After FC sur RMC Sport pour revenir sur la montée en puissance de Brest, la gestion de l’après-Ligue des champions, sa méthode de recrutement et les grands défis structurels du club. Entre lucidité, ambition mesurée et fidélité à une ligne de conduite claire, le dirigeant breton a livré une parole rare sur l’un des projets les plus solides du football français.

Le Stade Brestois continue d’avancer sans bruit, mais avec une vraie cohérence. Neuvième de Ligue 1 après 25 journées, le club breton a déjà quasiment sécurisé son maintien et peut regarder un peu plus haut. Pour Grégory Lorenzi, cette situation confirme surtout une chose : Brest a appris à durer. Et dans son esprit, rien n’est dû au hasard.

Brest avance, sans se raconter d’histoires

Grégory Lorenzi ne s’emballe pas. Même avec une série positive, même avec une place dans la première moitié du classement, le directeur sportif brestois refuse de changer de cap dans le discours. Il voit les progrès, il apprécie la dynamique, mais il garde la même ligne.

« Pour pouvoir exister, il faut être capable de faire des séries. »

Le Stade Brestois reste sur une très bonne période. Les résultats récents lui permettent d’aborder la fin de saison avec davantage de sérénité. Mais Lorenzi ne veut pas brûler les étapes. Pour lui, le maintien n’est pas encore officiellement acquis, même si le club a pris une marge appréciable.

« Je ne vais pas dire maintenu, mais à l’aise pour le maintien, et voir pourquoi pas plus haut. »

La différence est là. Brest n’avance pas avec la peur, mais ne se perd pas non plus dans des projections démesurées. La Coupe d’Europe n’est pas annoncée comme un objectif prioritaire. Pas encore.

« Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas avoir d’ambition. Ça ne veut pas dire qu’on a le droit de ne pas regarder là-haut. »

Cette prudence n’a rien d’un manque d’appétit. Elle traduit surtout une culture du travail et une lecture réaliste des forces en présence.

L’après-Ligue des champions, un exercice délicat

C’était la grande question de la saison. Comment un club comme Brest pouvait-il redescendre émotionnellement après une campagne de Ligue des champions ? Comment retrouver le quotidien de la Ligue 1 après avoir croisé les plus grands clubs européens ?

Lorenzi le reconnaît sans détour : ce retour à la normale n’allait pas de soi.

« C’était quelque chose d’inattendu, d’exceptionnel pour nous d’avoir goûté à cette Ligue des champions. »

Le plus dur, dans son regard, n’était pas seulement sportif. C’était aussi mental. Il fallait ramener tout le monde à la réalité du club. Redire ce qu’est Brest. Redire d’où Brest vient. Et rappeler que la survie dans l’élite reste la base de tout.

« Aujourd’hui revenons à ce qu’est le club, parce que c’est ce qui fait aussi notre force. »

Le directeur sportif explique aussi qu’il a fallu amortir la chute sans casser l’élan. Ne pas nier le rêve vécu, mais éviter que ce rêve ne devienne une norme impossible à tenir. D’autant plus dans un contexte économique devenu extrêmement tendu pour les clubs français.

« Le plus important, ce n’est pas forcément une descente. C’est peut-être aussi une rétrogradation administrative. »

Dans cette phrase, tout Lorenzi apparaît. Le bâtisseur. Le gestionnaire. Celui qui pense au terrain, mais aussi à l’équilibre global du club.

Un recrutement sans bling-bling, mais avec une vraie logique à Brest

Le passage en Ligue des champions a évidemment changé le regard extérieur sur Brest. Les agents ont appelé. Les clubs se sont rapprochés. Des profils beaucoup plus clinquants ont été proposés. Mais là encore, Lorenzi n’a pas voulu céder à la tentation.

« Je n’ai pas voulu faire un Brest bling-bling. »

Il raconte avoir refusé d’entrer dans une logique d’image ou de prestige superficiel. Pour lui, les joueurs recrutés devaient d’abord venir pour le projet brestois. La Ligue des champions devait être une cerise sur le gâteau, pas l’argument unique.

« Si tu viens à Brest, c’est parce que le championnat c’est important, il va falloir s’arracher. »

Cette cohérence-là se retrouve dans sa manière de parler de certains dossiers. Il cite par exemple des joueurs arrivés dans l’anonymat relatif, mais qui ont parfaitement répondu aux attentes. Son idée est claire : mieux vaut un joueur adapté à l’ADN du club qu’un nom séduisant sans vraie adhésion.

Les convictions de Lorenzi

Lorenzi insiste d’ailleurs sur une donnée souvent négligée : Brest ne peut pas recruter comme les autres. Certains championnats sont inaccessibles. Certaines cibles sont hors de portée dès le départ.

« Un joueur de Bundesliga reste en Allemagne, il ne vient pas à Brest. »

Cette lucidité structure toute sa méthode. Sa méthode : intuition, responsabilité et profils revanchards

Le directeur sportif brestois décrit un fonctionnement très précis. Longtemps seul dans ce rôle, il a ensuite obtenu les moyens de structurer une petite cellule. Deux recruteurs. Un collaborateur sur la data vidéo. Pas une armée. Mais une équipe resserrée, responsabilisée.

« Je les responsabilise. »

Lorenzi ne veut pas de recruteurs cantonnés à écrire des rapports qui ne servent à rien. Il veut des gens impliqués. Des avis assumés. Des choix défendus.

« Si vous êtes Greg Lorenzi à ma place, vous devez prendre des décisions. »

Mais derrière l’organisation, il y a aussi une philosophie. Lorenzi aime les joueurs français ou qui connaissent bien la Ligue 1. Pas par rejet des étrangers. Mais parce qu’il veut des profils capables d’assumer les périodes difficiles, de comprendre le vestiaire et de s’identifier au club.

Il aime aussi les joueurs revanchards. Ceux que l’on croit en descente. Ceux que l’on a un peu oubliés. Ceux qui ont encore faim.

« J’aime bien prendre des joueurs qui sont un petit peu en phase descendante pour pouvoir leur redonner. »

Le cas de Pierre Lees-Melou illustre bien cette approche. Celui de Ludovic Ajorque aussi. Brest ne cherche pas seulement du talent. Brest cherche de la relance, de la motivation, du caractère.

Eric Roy, le pari qui a tout changé pour Brest

Parmi les choix les plus marquants de sa décennie brestoise, il y a évidemment la nomination d’Eric Roy. À l’époque, le scepticisme était fort. Lorenzi ne l’oublie pas. Il sait très bien ce qui s’est dit quand il a décidé de confier le banc à un entraîneur qui n’avait plus entraîné depuis longtemps.

« Si on parle d’Eric, j’avais une cible sur la tête. »

Mais il ne cherchait pas un CV rassurant. Il cherchait un homme capable de reconnecter un vestiaire avec lui-même. Capable de redonner de l’énergie et de la confiance à un groupe en perte de repères.

« Les joueurs avaient le niveau, mais ils étaient dans une spirale très négative. »

Ce qu’il a aimé chez Roy, c’est moins l’idée d’une révolution tactique que la perspective d’un choc humain.

« J’ai trouvé chez lui quelqu’un qui était capable de redonner confiance à un groupe qui était complètement en perte. »

La suite est connue. Maintien, progression, Ligue des champions, nouvelle stabilité. Et une fois encore, Lorenzi rappelle que les critiques d’hier peuvent vite se transformer en éloges. Il ne s’en formalise pas.

Le stade et le centre de formation, deux urgences vitales

Au-delà du sportif, le patron du recrutement brestois a aussi parlé des chantiers fondamentaux du club. Le premier, c’est le stade. Et sur ce sujet, son discours est très fort. Pour lui, l’avenir du football professionnel à Brest passe obligatoirement par une nouvelle enceinte.

« S’il n’y a pas de nouveau stade à Brest, c’est la mort du foot. »

La formule est lourde, mais elle dit bien l’urgence du dossier. Francis-Le Blé ne répond plus aux exigences modernes. Les contraintes s’accumulent. Les revenus sont plafonnés. L’image du club en souffre aussi.

Lorenzi ne parle pas d’un projet démesuré. Il ne rêve pas d’un stade surdimensionné. Il parle d’un outil cohérent, moderne, capable de générer des ressources indispensables.

Sur la formation, le constat est tout aussi lucide. Brest doit progresser. Le club doit mieux structurer son centre, mieux penser son process, mieux reconnecter la formation à l’équipe première.

« Le plus important aujourd’hui, c’est de retrouver un équilibre. »

Là encore, il ne promet pas des miracles. Il parle de méthode, de temps, de reconstruction.

Un directeur sportif qui pense comme un bâtisseur

Ce qui ressort surtout de cette longue prise de parole, c’est la façon dont Grégory Lorenzi se voit dans son métier. Il ne se présente pas comme un simple recruteur. Il parle presque comme un architecte de club.

« Quand on est dirigeant, on doit être un bâtisseur. »

Il sait qu’il n’est que de passage. Il sait aussi que son rôle consiste à laisser une trace utile. Une structure plus forte. Une image plus solide. Une culture plus claire.

À Brest, il a trouvé un terrain pour cela. Dix ans plus tard, son bilan dépasse largement les résultats immédiats. Et même si l’Europe n’est pas annoncée comme une obsession, le Stade Brestois continue de déranger des clubs plus riches et plus attendus. Ce n’est sans doute pas un hasard.

Source : After FC – RMC Sport

Prolongations

Ligue 1 : Coudert, la bonne surprise de Brest

Ligue 1 : Brest amoindri avant le déplacement à Metz

Ligue 1 : le classement des joueurs les plus infatigables

Thomas Delcourt

Thomas Delcourt

Journaliste spécialisé Ligue 1, Ligue 2 et mercato pour Morning Foot.
Décrypte l’actualité du football français avec précision et réactivité.

Voir tous ses articles →

À LIRE ÉGALEMENT