Ligue 1 : des clubs s’éffondrent, les chiffres d’un désastre

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par | Avr 14, 2026 | A la Une, Ligue 1

 

Ligue 1. Le football français est au bord du gouffre financier. La DNCG vient de publier ses bilans annuels pour la saison 2024-2025, et les chiffres révélés par Romain Molina dans sa dernière vidéo donnent le vertige. 1,4 milliard d’euros de pertes structurelles pour 34 clubs. Avant transferts. Avant injections d’actionnaires. Le vrai visage d’un championnat à bout de souffle.

Ce n’est pas un chiffre sorti de nulle part. C’est le résultat d’années de mauvaise gouvernance, de trains de vie dispendieux, de commissions d’agents records et d’une opacité financière qui dure depuis trop longtemps. La crise des droits TV a aggravé la situation, elle ne l’a pas créée. Romain Molina le martèle depuis des années. Et les bilans DNCG lui donnent raison une fois de plus.

Ligue 1 : Le vrai chiffre que les médias ne montrent pas

466 millions d’euros. C’est le déficit que vous avez vu circuler dans les médias. C’est le chiffre final, après transferts, après que les clubs ont vendu pour plus de 800 millions d’euros de plus-values, après que les actionnaires ont injecté des dizaines de millions pour éviter les dépôts de bilan. Ce chiffre, aussi alarmant soit-il, masque la réalité.

La vraie mesure de la santé d’un championnat, c’est le déficit structurel. Celui d’avant les ventes de joueurs, avant les chèques des propriétaires. Et là, le chiffre est brutal : 1,4 milliard d’euros de pertes pour 34 clubs — Ajaccio et Martigues, relégués administrativement, ne figurent même pas dans les bilans. Un milliard quatre cents millions. Pour un championnat qui se vend comme l’un des cinq grands d’Europe.

Les mauvais élèves : OL, OM, PSG

L’Olympique Lyonnais est le cas le plus scandaleux du bilan. 208 millions d’euros de pertes nettes. Un record absolu en France. Et pendant ce temps, la DNCG a autorisé Lyon à dépenser plus de 40 millions sur le marché des transferts. Le même gendarme financier qui interdisait à Angers de lever une simple option d’achat pour un gardien. Le deux poids deux mesures que soulève Molina est légitime et inconfortable.

Marseille paye cash l’héritage d’une gestion sans Ligue des Champions. 125 millions de pertes avant transferts. L’OM avait la deuxième masse salariale de Ligue 1 — devant Monaco — avec moins de 200 millions de revenus. L’équation ne tenait pas. Elle ne tient plus.

Le PSG, lui, génère 837 millions d’euros de revenus. Quatre à cinq fois plus que les autres grands clubs du championnat. Sa masse salariale atteint 543 millions. Malgré la victoire en Ligue des Champions, le club perd encore 111 millions avant transferts. Si même le PSG ne peut pas équilibrer ses comptes avec ce niveau de revenus, que dire des autres ?

Rennes, Monaco : les artifices comptables de la Ligue 1

Romain Molina pointe un phénomène que peu de médias mentionnent : certains clubs jouent sur la présentation comptable pour minorer leurs pertes apparentes. Monaco et Rennes font partie de ceux qui n’intègrent pas les commissions d’agents et les amortissements dans leurs charges courantes, les déplaçant en opérations de mutation.

Au Stade Rennais, le résultat est édifiant. Si l’on additionne les 25 millions de commissions d’agents au reste, le déficit structurel grimpe aux alentours de 130 millions d’euros. Qui paie ? Les Pinault. Toujours les Pinault. Pour une quatrième masse salariale de Ligue 1, pas de Coupe d’Europe cette saison et des résultats sportifs décevants. Molina ne mâche pas ses mots, et les chiffres lui donnent raison.

Le cas Reims : le génie du désastre

Le Stade de Reims mérite une mention spéciale. 40 millions de revenus. 62 millions de pertes avant transferts. Plus de 100 millions dépensés sur une saison — incluant 8 millions de commissions d’agents et 34 millions d’autres charges — dans un contexte où tout le monde savait que les droits TV allaient s’effondrer. Résultat : une descente en Ligue 2. Comment une direction a-t-elle pu valider ce train de vie dans ces conditions ? La question reste sans réponse satisfaisante.

La Ligue 2 : les dérives encore plus criantes

Si la Ligue 1 est malade, la Ligue 2 est en soins intensifs. Lorient, filiale de Bournemouth, perd 39 millions avant transferts en deuxième division. Le Paris FC arrive en Ligue 1 avec 31 millions de masse salariale — plus qu’Angers ne gagnait en revenus totaux lors de sa saison dans l’élite. Amiens et Caen perdent chacun 10 millions, avec des propriétaires qui espèrent revendre à des prix déconnectés de toute réalité économique.

Le cas le plus symbolique reste Clermont. Sur les 12 millions d’autres charges du club, plus de 3 millions partaient directement dans la holding du propriétaire — où figurent sa femme et son beau-frère — sous forme de management fees. Ce qui représente plus de 25 % des revenus totaux du club. L’année précédente en Ligue 1, ce montant atteignait 3,6 à 3,8 millions. Et les émoluments les plus importants du club n’étaient ni ceux d’un joueur ni ceux d’un entraîneur. C’était ceux de la holding du propriétaire. Pour un club qui luttait contre la relégation en National.

Dunkerque, l’exception qui confirme la règle

Au milieu de ce tableau noir, Molina cite Dunkerque comme l’un des rares clubs bien gérés de Ligue 2. Un déficit de 4 millions, un petit bassin démographique, pas de stade de grande capacité. Mais une gestion saine, une capacité à vendre et à équilibrer les comptes. Un modèle que beaucoup feraient bien d’observer.

Rodez aussi. Un club qui génère peu, qui perd peu, et qui s’en sort via le trading. Un déficit raisonnable, un modèle cohérent. Dans un championnat où l’irrationnel est devenu la norme, c’est presque révolutionnaire.

Ligue 1 : La question centrale que personne ne pose

Romain Molina termine sa vidéo sur une interrogation qui résume tout : est-ce que tout cet argent dépensé sert vraiment la compétitivité des clubs ? Ou sert-il d’autres intérêts ?

Les management fees versés aux holdings de propriétaires, les commissions d’agents disproportionnées, les masses salariales déconnectées des revenus réels : tout cela forme un système dans lequel l’argent circule, mais pas toujours vers le bien sportif des clubs. La DNCG, censée veiller à l’équilibre financier du football professionnel français, peine à imposer une discipline réelle. Le deux poids deux mesures entre grands et petits clubs est documenté. Et les divisions inférieures, privées d’une partie de leurs droits TV, voient leurs marges se réduire chaque année un peu plus.

Le football français ne manque pas d’argent. Il manque de modèle. Et tant que personne ne posera les vraies questions sur la destination de cet argent, les bilans DNCG continueront de ressembler aux précédents. En pire.

Source : Romain Molina / DNCG – LFP

Ligue 1 – Ligue 2 : des clubs menacés de faillite cet été

Thomas Delcourt

Thomas Delcourt

Journaliste spécialisé Ligue 1, Ligue 2 et mercato pour Morning Foot.
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