Prêté par Salzbourg au Havre, Lucas Gourna a pris la parole avec beaucoup de lucidité sur son retour en Ligue 1, son passage à l’ASSE, son choix fort de partir en Autriche et ses ambitions. L’ancien milieu stéphanois n’a rien perdu de sa détermination. Mieux encore, il affiche une maturité rare à 22 ans.
Lucas Gourna ne parle pas pour meubler. Chez lui, chaque phrase dit quelque chose de son caractère. De son exigence aussi. De retour en France sous les couleurs du Havre, le milieu formé à l’ASSE n’a pas choisi la facilité. Il est revenu avec une mission claire, dans un club jeune, ambitieux, structuré, et avec l’envie de redevenir un joueur central. Son entretien accordé à Paul Georges Netp dit beaucoup de son état d’esprit. On y retrouve un compétiteur brut, un joueur lucide sur ses choix de carrière, mais aussi un homme déjà tourné vers la suite.
Dès les premières minutes, le ton est donné. Lucas Gourna ne veut pas se cacher derrière son retour ou derrière un bon match contre Paris. « On sort d’un beau match, mais on a pris zéro point. » La formule résume parfaitement le personnage. Il ne s’arrête ni à l’esthétique ni aux compliments. Ce qu’il cherche, ce sont des résultats. Et cette mentalité-là colle parfaitement à son profil. « Je pense être compétiteur de naissance. » Ce n’est pas une posture. C’est presque une ligne de conduite.
Lucas Gourna, un retour au Havre pensé avec précision
Son arrivée au Havre n’a rien d’un choix par défaut. L’ancien Stéphanois explique avoir été séduit par plusieurs éléments : la jeunesse du groupe, la qualité du coach et la cohérence du projet. Il insiste aussi sur le poids de l’histoire du HAC. Pour lui, ce club garde une place à part dans le paysage français. Et l’appui de l’entraîneur a compté lourd. Gourna le dit avec une franchise assez savoureuse : « Il est un peu chiant, je trouve. Il est un peu chiant et je pense que les coachs chiants, c’est les meilleurs. »
Derrière la formule, il y a une vraie marque de respect. Gourna aime les cadres exigeants. Les coachs qui poussent, qui surveillent, qui ne laissent rien passer. « Il veut que le meilleur de moi. Il est derrière mon dos comme si ma mère l’était, comme si mon grand frère l’était. » On comprend alors pourquoi le Havre peut lui convenir. Le club lui offre un environnement de travail clair, rigoureux, propice à la relance.
Sur le terrain, l’ex-joueur de l’ASSE veut aussi casser une image. Trop souvent catalogué comme un simple milieu défensif, il rappelle qu’il peut apporter davantage. « On parle de Lucas Gourna comme un joueur défensif. Mais on ne parle pas de Lucas Gourna qui peut apporter ce plus offensivement, qui peut apporter ce plus dans la construction du jeu. » Son passage à Salzbourg l’a, selon lui, aidé à montrer une autre facette de son football. En Autriche, il a dû construire, orienter, initier. Une évolution qu’il revendique aujourd’hui.
L’ASSE, le club du cœur et une blessure encore vive
Impossible, évidemment, d’échapper au chapitre stéphanois. Chez Gourna, l’ASSE n’est pas un club parmi d’autres. C’est le club formateur. Le club du premier grand saut. Le club des premières émotions aussi. Son récit sur sa signature à 12 ans est fort. Il parle du maillot, du regard des autres, de la fierté du gamin. Pas encore du professionnel. Juste du bonheur pur. « Je me disais, je suis différent parce que j’ai mon maillot. »
Saint-Étienne, c’est aussi la bascule vers le monde pro. Il raconte ce moment où, appelé en urgence alors qu’il était en sélection, il rejoint les professionnels pour préparer un derby contre Lyon. Puis il y a ce premier but, à Geoffroy-Guichard, dans un stade qu’il connaît par cœur. « Fierté parce que je marque là où j’ai fait toutes mes classes. » Tout est dit.
Mais l’histoire n’est pas seulement belle. Elle porte aussi une cicatrice. La descente en Ligue 2, Gourna l’a très mal vécue. « En tant que jeune joueur formé au club, tu fais partie de l’équipe qui fait descendre ton club formateur. » Cette phrase pèse lourd. Elle montre à quel point il a pris ce moment pour lui. Pas comme un simple épisode sportif. Comme une responsabilité intime. Comme une blessure.
Lucas Gourna : Salzbourg, le choix que beaucoup n’ont pas compris
Après l’ASSE, Gourna surprend en rejoignant Salzbourg. Un choix qui a fait parler. Lui le défend avec beaucoup de logique. Il rappelle que le club autrichien donne sa chance très tôt aux jeunes, qu’il expose ses talents en Ligue des champions, qu’il domine son championnat et qu’il offre un terrain d’expression rare à ce type de profil. « C’était un choix logique. » Le mot revient plusieurs fois dans son discours. Il n’a pas choisi sur un coup de tête. Il a choisi avec méthode.
Ce passage en Autriche semble même constituer un vrai tournant. « C’est le meilleur choix que j’ai fait de ma vie, je pense. » La phrase est forte. Elle en dit long sur ce que Salzbourg lui a apporté. Un titre. La Ligue des champions. Une autre dimension. Une autre exposition. Et sans doute aussi une autre confiance.
Son passage à Rome est plus contrasté. Gourna ne fuit pas le sujet. Il reconnaît sa déception. « Moi-même, personnellement, je suis déçu de n’être pas resté à Rome. » Il assume aussi la concurrence, le niveau d’exigence, la difficulté de se faire une place dans un tel club. Là encore, le ton reste direct. Sans excuse.
Gourna : Une ambition intacte pour la suite
Aujourd’hui, Lucas Gourna est tourné vers l’avant. Sa priorité au Havre est limpide. « Mon ambition, elle est claire : maintenir le club en Ligue 1. C’est ma seule ambition. » Là encore, il parle mission. Pas tremplin. Pas vitrine. Mission. Le mot n’est pas anodin.
Mais il ne cache pas non plus ses rêves. L’équipe de France A reste dans un coin de sa tête. « J’ai fait toutes les classes de jeunes en équipe de France. Donc la suite logique, c’est la première équipe. » Il y a dans cette déclaration une forme de calme. Pas d’arrogance. Juste une projection naturelle.
Ce qui frappe surtout, c’est sa maturité. Gourna parle déjà comme un joueur qui a beaucoup vu. Beaucoup appris. Il cite Kobe Bryant, Malcolm X, parle de responsabilité, de culture, d’ouverture, de football comme chance de vie. Et quand il évoque l’après-carrière, il pense déjà à rester dans ce milieu. Le costume de directeur sportif l’attire. Pas vraiment une surprise pour un joueur aussi réfléchi.
Lucas Gourna est encore jeune. Très jeune même. Mais son discours montre un joueur qui sait où il veut aller. Et surtout un ancien Vert qui n’a rien oublié de ce qui l’a construit. Son retour en Ligue 1 n’est pas celui d’un joueur perdu. C’est celui d’un milieu qui veut reprendre le fil de son histoire.
Source : entretien de Lucas Gourna par Paul Georges Netp
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