ASSE : Olivier Dall’Oglio brise le silence et balance tout

par | Juin 18, 2026 | Ligue 2

Sa parole est rare. Depuis son départ de l’ASSE en janvier 2025, Olivier Dall’Oglio n’avait quasiment pas pris la parole publiquement. Dans un entretien fleuve où l’ancien entraîneur stéphanois revient sur la montée historique de 2024, sa vision du football, la data, les blessures, les leaders de vestiaire, et son regard sur la Ligue 2 qui s’annonce cette saison. Un témoignage rare et précieux d’un homme qui n’a pas dit son dernier mot.

Il y a des matchs qui restent gravés. Pour Dall’Oglio, le match face à Bordeaux avec le doublé d’Irvin Cardona, et ce lob suspendu qui a fait exploser Geoffroy-Guichard, figure en haut de la liste. “C’est l’un de mes souvenirs les plus marquants de ma carrière, ce match-là. Il y a eu ce moment suspendu, ce ballon qui est resté quelques secondes dans l’air et on ne savait pas trop comment il allait redescendre. Et puis après, l’explosion du stade, vraiment, ça a été extraordinaire.”

ASSE : Les Verts sévèrement sanctionnés cette semaine

Sur l’arrivée de Cardona en janvier 2024, il clarifie la genèse d’un recrutement qu’on lui attribue. “C’est un consensus. On est arrivé à être d’accord sur son arrivée. Tout le monde était d’accord. On avait vraiment besoin d’un attaquant. Moi, je le connaissais très bien déjà de Brest. J’ai pu assez rapidement le mettre sur les rails.” Une précision qui dit quelque chose sur son rapport aux décisions collectives.

Le barrage contre Rodez : « Le groupe a douté, mais le staff a été fort »

Sur les barrages, Dall’Oglio ne ment pas sur l’état mental du groupe après avoir laissé filer la montée directe. “Je ne peux pas dire que j’étais confiant. J’ai senti que le groupe a été marqué. On était peut-être soit à bout de souffle, soit un peu stressé de finaliser, comme quand on voit les tennismen qui ont du mal à marquer les derniers points.”

La réponse du staff a été décisive. “J’avais comme un petit pressentiment. On pouvait faire quelque chose, donc j’ai remis les gars avec les garçons et ils ont adhéré.” Et le rôle des cadres : “Le rôle des leaders a été très important à ce moment-là pour pouvoir affronter Rodez et Metz.”

Sur le but de Ibrahim Wadji en barrage, qui a permis la montée, l’anecdote révèle toute la tension du moment. “Je sais que derrière moi, j’ai entendu ‘il va falloir le faire rentrer’. Il y avait même les remplaçants qui étaient là. Anto Briançon me dit ‘coach, coach, il faut faire quelque chose’. Je savais, mais on ne peut pas faire n’importe quoi. On joue sur le ressenti. Et là, ça a été génial.”

La data à l’ASSE ? Oui, mais jamais sans l’humain

Sur le sujet qui a le plus animé les débats lors de son passage à l’ASSE, Dall’Oglio est nuancé. Il ne rejette pas la data, il en relativise l’usage. “C’est l’excès de data qui n’est pas bon. On ne mise que là-dessus. Si on ne prend pas en compte l’aspect humain, on fait une erreur. On prend des risques. Parce qu’en fait, un joueur, ce n’est pas un numéro. C’est un homme. C’est quelqu’un qui a des émotions. Et ça, vous ne pouvez pas le mettre en équation.”

Il cite l’exemple concret de joueurs étrangers arrivés à l’ASSE dont les statistiques étaient séduisantes sur papier mais dont l’intégration a pris beaucoup plus de temps que prévu. “Un garçon qui arrive, si on prend Ben Old ou même Boakye, c’est des garçons qui arrivent de l’étranger, qui ne parlent pas la langue. Il y a une découverte du championnat, de la préparation. Ces garçons, il faut qu’ils s’installent. Ils sont à l’hôtel. Il faut du temps.”

La data reste un outil précieux à ses yeux. “Chaque match, j’avais un rapport de 20 à 25 pages de renseignements. C’est intéressant. Mais il faut en tirer de bonnes conclusions. Ce n’est pas simplement d’avoir des chiffres.”

ASSE : Le vestiaire, un monde à part que les dirigeants sous-estiment

Dall’Oglio développe longuement sa vision du vestiaire comme d’un écosystème fragile, difficile à comprendre de l’extérieur. “Un vestiaire, des fois, ça s’autogère la plupart du temps. Et il vaut mieux que ça soit bien géré, parce que sinon, s’il y a des dérapages, il peut y avoir des clans. Et des fois, on voit des équipes où il y a de très bons joueurs, mais ils ne s’entendent pas.”

Sur Yunis Abdelhamid, recruté notamment pour son rôle de leader, l’aveu est touchant. “Je l’ai senti isolé. Il a voulu s’occuper des autres. Il a invité des joueurs au restaurant, il a fait beaucoup de choses. Mais je l’ai senti dépassé. Après, il a été dépassé.”

Et sur la question de la langue pour un entraîneur étranger, lui qui vient de voir Ian Cathro arriver à l’ASSE : “Quand ce n’est pas ta langue maternelle, obligatoirement, tu vas passer à côté de certaines choses. Déjà quand on parle tous la même langue, je peux te dire que c’est déjà pas simple. Ça ne facilite pas les choses, c’est clair.”

La Ligue 1, les renforts qui n’ont pas eu lieu : « J’étais persuadé qu’on allait se maintenir »

Sur la saison en Ligue 1 et son issue, Dall’Oglio est clair sur ce qui a manqué. “J’étais persuadé qu’on allait se maintenir. On avait besoin d’un joueur par ligne, des joueurs expérimentés. Sur mars, avril, mai, ces garçons-là aurait fait la différence.”

Il ne cache pas non plus qu’il n’avait pas la main sur le mercato. “Obligatoirement, il fallait avoir des joueurs expérimentés. Prendre des joueurs qui viennent de loin, qui sont jeunes, ce sont certainement de bons joueurs pour l’avenir. Mais en premier, il faut prendre des joueurs qui vont encadrer ces jeunes.”

Sur le retour de Cardona à Brest sans transformation de prêt, la déception est palpable. “C’était incompréhensible.” Deux mots secs, qui en disent long… Pour rappel, il est revenu quelques semaines après le licenciement d’Olivier Dall’Oglio. Il n’a jamais ré affiché le visage qu’il avait sous ODO à l’ASSE.

La Ligue 2 2026-2027 : « Cette saison, il ne faut pas la sous-estimer »

Dall’Oglio regarde la saison à venir avec attention et un avertissement clair à l’adresse de son ancien club. Pour lui, les favoris sont identifiés : “Nantes veut remonter de suite et je pense qu’ils mettront les moyens. Metz a l’objectif de remonter de suite. Et Reims reste un gros candidat. Ce sont les trois favoris.”

Sur l’ASSE spécifiquement, le message est direct : “Cette année, un peu moins le PSG de la Ligue 2. Il ne faut pas se louper. Le championnat reprend en août et il ne faut pas démarrer mi-septembre. Parce que si tu rates tes trois, quatre premiers matchs, tu te retrouves décroché. À Saint-Étienne, il peut y avoir vite la pression des supporters. Si tu es décroché et que tu joues avec la peur au ventre, ça peut vite devenir compliqué.”

Et sur l’arrivée d’un entraîneur étranger comme Ian Cathro : “Il faut qu’il s’adapte à la Ligue 2 et il ne faut vraiment surtout pas la sous-estimer.”

Dall’Oglio : « J’ai envie de repartir, mais je n’ai pas trouvé le bon projet »

En fin d’entretien, Dall’Oglio lève le voile sur sa situation personnelle. “Oui, j’en ai envie. Je n’ai pas trouvé jusqu’à présent de projet assez intéressant pour me rasseoir sur un banc. Je suis prêt aussi à partir à l’étranger. Mais je n’ai pas eu de coup de cœur. J’aimerais vraiment repartir parce que c’est ma passion, c’est ce que j’aime. Je me sens très bien, très reposé, prêt à repartir quelque part.”

Un homme qui a gardé la flamme, qui analyse le football avec son regard, et qui attend le bon projet. La Ligue 2 qui se profile cet été, avec ses grosses cylindrées, sera peut-être l’occasion pour lui d’observer de loin ce qu’il a construit. En attendant de trouver un nouveau challenge.

Source : Carton Rouge TV (entretien avec Olivier Dall’Oglio)

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Thomas Delcourt

Thomas Delcourt

Journaliste spécialisé Ligue 1, Ligue 2 et mercato sur Morning Foot.

Analyse l’actualité du football français avec une approche data.


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