Après une descente et une non-remontée, la troisième saison de Kilmer Sports Ventures à la tête de l’ASSE ressemble à un tournant. Dans un long entretien accordé au Progrès, Huss Fahmy a détaillé le bilan des deux premières années et les changements profonds qu’il juge nécessaires pour enfin faire décoller le projet stéphanois.
« On est à la place que l’on mérite aujourd’hui »
Interrogé sur la légitimité de voir l’ASSE évoluer en Ligue 2 pour une deuxième saison consécutive, le vice-président exécutif du football pour KSV n’a pas cherché à esquiver le sujet. « L’ASSE a une histoire et des supporters immenses. Mais sportivement, cette place se mérite. Je veux être clair : on est à la place que l’on mérite aujourd’hui », a-t-il reconnu, avant d’assumer la nécessité d’un changement profond : « Il y a une différence entre ce que le club a été, ce qu’il est et ce qu’il doit devenir. On doit passer un cap ».
Un changement d’ADN plus profond qu’un simple ajustement sportif
Pour le dirigeant britannique, la transformation nécessaire dépasse largement le seul secteur sportif. « C’est un vrai changement d’ADN, de mentalité pour devenir plus optimiste, plus ambitieux », explique-t-il, décrivant un club qu’il a trouvé « comme paralysé » à son arrivée. Fahmy dénonce également un excès de négativité ambiante qu’il peine à s’expliquer : « Je pense qu’il y a parfois au club trop de négativité et je ne sais pas pourquoi. C’est un endroit magnifique, un club fantastique, et c’est un privilège d’y travailler ».
ASSE : Aucune échéance fixée, mais une exigence
Sur le calendrier de ce redressement, le dirigeant se refuse à toute promesse chiffrée, préférant insister sur la nécessité de bâtir dans la durée plutôt que dans l’urgence. « Nous voulons tous rebâtir un club stable, pas juste une illusion où l’équipe gagne puis s’effondre », assure-t-il, avant d’ajouter : « Nous l’avons dit dès le début : on va investir pour reconstruire ce club. Pas seulement de l’argent mais du temps, de l’énergie… On fera des erreurs, parce qu’on est humains ». Une philosophie qu’il illustre par la comparaison avec son passage à Arsenal : « Ça nous a pris six ans à Arsenal ». Pas certain que les supporters soient aussi patient que les dirigeants de l’ASSE.
La pression du club, un facteur assumé dans l’échec passé
Concernant les origines de la contre-performance de la saison écoulée, Fahmy pointe la difficulté du groupe à apprivoiser l’exigence propre à l’histoire du club. « Cette exigence quotidienne (…) il faut en faire une force, en faire une part de son ADN pour être capable de répéter les efforts et se relever après les défaites », développe-t-il, avant de reconnaître : « Trop de fois durant la saison dernière, ça a été compliqué sur ce point pour le groupe. Nous en acceptons la responsabilité ».
La moindre des choses. L’effectif a été construit par les dirigeants, premier responsable de ce nouvel échec.
ASSE : Un effectif ajusté, pas révolutionné
Sur l’ampleur des mouvements estivaux, alors que seuls Appiah, Tardieu et Maubleu ont quitté le club à ce stade, le dirigeant tempère toute idée de refonte totale. « Il n’est pas question de changer tout le monde, mais plutôt de faire des ajustements, de changer des rôles, de donner à certains de nouvelles responsabilités », précise-t-il, tout en saluant la maturité des recrues déjà arrivées : « On a déjà accueilli des nouveaux joueurs très sérieux, matures, qui arrivent en sachant ce qu’il a manqué la saison dernière ».
Cathro, un profil jugé différent de ses prédécesseurs
Interrogé sur les raisons de croire en la réussite d’Ian Cathro, quand ni Eirik Horneland ni Philippe Montanier n’y sont parvenus, Fahmy dresse le portrait d’un technicien attaché aux détails et à la dimension humaine du collectif. « Ian est un coach très équilibré, très attaché aux détails, moderne, qui passe beaucoup de temps avec les joueurs », décrit-il, insistant sur l’état d’esprit collectif recherché : « Ian et son staff savent qu’au-delà des qualités de jeu, tout commence par cela », en référence à la mentalité de « guerrier » qu’il espère voir incarnée cette saison.
ASSE : Un staff de 26 personnes assumé comme un choix stratégique
Sur la taille conséquente de l’encadrement mis en place, le dirigeant balaie toute critique liée au nombre. « Ce n’est pas une question de nombre, c’est une question d’unité. Tout le monde a un rôle très clair et une responsabilité », justifie-t-il, présentant cette organisation comme le reflet d’une ambition à long terme plutôt qu’un simple effet d’annonce : « Nous devons construire un club pour le futur, en Ligue 1. Si on attend d’y être pour élever nos standards dans tous les domaines, on redescendra en Ligue 2 ».
« Nous sommes responsables des décisions » à l’ASSE
Interrogé sur la répartition floue des rôles entre la nouvelle direction et l’ancienne, toujours présente autour de Loïc Perrin, Fahmy tient à clarifier le processus décisionnel du club. « Les décisions sportives sont prises après un process impliquant la data, la vidéo, le scouting live et surtout des conversations nombreuses… avec le coach, les recruteurs, Loïc Perrin évidemment », détaille-t-il, avant d’assumer pleinement la responsabilité finale de KSV : « Bien sûr, quand les choses tournent mal, les personnes à blâmer, c’est nous ».
Lens, un exemple à ne pas copier aveuglément
Sur une éventuelle comparaison avec la trajectoire du RC Lens, Fahmy relativise la portée de ce parallèle, rappelant la part de circonstances liées à la crise du Covid dans la promotion lensoise. « Saint-Étienne ne devrait copier personne », tranche-t-il, avant d’appeler de ses vœux davantage de fierté collective autour du club : « J’aimerais qu’il y ait davantage de positivisme autour de ce club. C’est trop si, trop cela… Vous devriez être plus fier de ce que vous avez ».
ASSE : Les Verts se paient un duo pour retrouver les sommets
« Deux cicatrices » plutôt qu’un échec définitif
Loin de s’attarder sur le bilan comptable des deux premières saisons de Kilmer, marquées par une descente puis une non-montée qualifiées de « deux cicatrices », Huss Fahmy a préféré, tout au long de cet entretien, se projeter résolument vers l’avenir. Une posture assumée, portée par un discours volontariste qui devra désormais se traduire en résultats concrets sur le terrain, dès le déplacement à Sochaux samedi pour lancer cette nouvelle saison placée sous le signe de la reconstruction.


