AJA : Pélissier règle ses comptes mais les stats racontent une autre histoire

par | Juin 9, 2026 | Auxerre

AJA : Christophe Pélissier règle ses comptes

AJA. Christophe Pelissier n’a pas mâché ses mots dans les colonnes de l’Equipe. Évincé d’Auxerre après le maintien arraché à Lille, le technicien de 60 ans s’est exprimé pour la première fois sur son départ. Sans amertume excessive, mais avec une franchise totale. Il n’a jamais pu parler au propriétaire James Zhou. Il le demande encore. Et il estime, clairement, mériter mieux que ce qu’on lui propose.

Gagner à Lille (2-0) pour sauver l’AJA, et apprendre trois jours après que le propriétaire ne souhaite pas continuer. Sans explication directe, sans visioconférence, sans face-à-face. C’est ce que Pelissier a vécu. «J’aurais aimé défendre mon bilan moi-même, mais je n’ai jamais pu. J’ai demandé une visioconférence avec lui. On devait la faire, puis cela ne s’est pas fait.» Le président exécutif Baptiste Malherbe a plaidé sa cause auprès de Zhou. Pelissier, lui, attend toujours.

AJA : Un bilan que personne ne lui conteste vraiment

Depuis son arrivée en cours de saison 2022-2023, Pelissier a géré une descente en Ligue 2, orchestré une remontée, puis assuré deux maintiens consécutifs en Ligue 1. Cette saison, sur la deuxième partie de championnat, l’AJA pointe au 9e rang. «Une fois qu’on a digéré les départs et les blessures, on a fait une bonne deuxième partie de saison», selon lui.

Il avance trois objectifs remplis : le maintien sportif, le développement des jeunes avec l’éclosion de Kevin Danois et Rudy Matondo notamment, et la reconstruction du lien avec les supporters. «Je crois qu’on voit bien l’engouement autour de l’équipe et le soutien à mon égard.» Sur ce dernier point, les réactions après son éviction ont effectivement été massives côté public auxerrois.

Une équipe perfectible que les données exposent

Le bilan humain et sportif de Pelissier est réel. Mais les chiffres invitent à nuancer l’autosatisfaction. L’AJA 2025-2026 affiche des scores de style offensif alarmants : possession à 30 de centile, résistance au pressing à 32, finition à 19, centres à 12, présence dans la surface à 23. Une équipe labellisée « Catenaccio » par l’outil, avec un style similaire à Parma et Sunderland. Ce n’est pas un compliment dans le football moderne.

La comparaison avec la saison précédente est éclairante. Le jeu long chutait de 73 à 50, l’agressivité de 41 à 31, le bloc bas de 83 à 74. Auxerre s’est étiolé dans presque tous les registres défensifs qui faisaient sa force. La menace aérienne reste l’un des rares points saillants (71 de centile), portée par un Kevin Danois stratosphérique (94 au poste de MC) et un Lassine Sinayoko tranchant (88). Deux joueurs qui ont tiré le club vers le haut malgré un collectif appauvri.
Pelissier a maintenu l’AJA. Ce n’est pas rien. Mais l’équipe qu’il laisse derrière lui est tactiquement pauvre, peu créative, et largement dépendante de deux individualités. Zhou a peut-être voulu tourner la page pour cette raison-là aussi.

Wantier dans le tableau, mais pas le seul responsable

Les tensions avec David Wantier, le directeur sportif, ont alimenté les rumeurs autour de son départ. Pelissier relativise sans nier. «Avec David, on travaille ensemble depuis quatre ans. On a eu trois années de bonne relation et quelques mésententes cette année.» Il cite le départ de Matondo vers le Paris FC et la non-venue de Gaëtan Perrin comme points de friction. Mais il refuse d’en faire la cause principale de son éviction. «J’ose espérer que ce n’est pas la raison principale.»

La vraie décision est venue d’en haut, de Zhou. Et Zhou n’a pas expliqué.

Sous-coté à l’AJA ? Pélissier le pense

Pelissier ne s’arrête pas au passé. Il regarde devant et il veut mieux. «J’aimerais voir si un projet peut se libérer en Ligue 1 avec des ambitions un peu plus importantes.» Et quand on lui demande s’il se sent sous-coté : «Dans le sens où je peux avoir un projet supérieur ? Oui.»

Il démonte au passage deux étiquettes qui lui collent à la peau. Entraîneur défensif ? «Avec l’AJA, on a mis 76 buts en Ligue 2.» Spécialiste du maintien ? «C’est parce que j’ai des équipes amenées à jouer dans cette catégorie. Toutes les missions que j’ai eues en Ligue 1, je les ai réussies.»

Le message est adressé aux décideurs aux présidents des clubs français. Pelissier attend un projet à sa hauteur. Il pense l’avoir mérité. Les chiffres tempèrent son enthousiasme.

Source : L’Équipe (Loïc Tanzi, 8 juin 2026)

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Thomas Delcourt

Thomas Delcourt

Journaliste spécialisé Ligue 1, Ligue 2 et mercato sur Morning Foot.

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