En une semaine, Robin Risser a vécu ce que certains gardiens n’expérimentent jamais en vingt ans de carrière. Meilleur gardien de Ligue 1 aux trophées UNFP lundi, premier appel en équipe de France jeudi, finale de Coupe de France vendredi. À 21 ans, le gardien alsacien du RC Lens s’est confié à L’Équipe dans une interview rare. Ses mots sont ceux d’un homme qui avance les yeux ouverts.
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Une semaine de folie que le perfectionniste peine à savourer
La séquence est vertigineuse. Mais Risser lui-même reconnaît qu’il a du mal à en profiter pleinement : « Je le dis souvent à ma femme, c’est allé tellement vite et j’ai une exigence tellement élevée que je n’arrive pas vraiment à en profiter. C’est un vrai axe d’amélioration, parce que mon exigence me bouffe un peu par moments. Je banalise un peu trop les choses. »
Et il pousse le perfectionnisme jusqu’à son terme logique : « Si on ne gagne pas la finale, ce ne sera pas une saison totalement réussie à mes yeux. On doit se récompenser avec un trophée, sinon tout ce qu’on aura fait sera oublié dans cinq ans. » Un gardien qui vit sa première saison en Ligue 1 et qui juge que le vice-championnat et le titre de meilleur gardien ne suffisent pas. Le niveau d’exigence est édifiant.
Jean-Louis Leca, le directeur sportif qui a tout changé
Risser n’oublie pas l’homme qui a pris le risque de le recruter alors qu’il n’avait aucune expérience de l’élite et un problème de dos : « Quand Jean-Louis (Leca) vient me chercher, je n’avais pas d’expérience de la Ligue 1, j’avais un problème de dos. Un tel club aurait pu faire confiance à un autre gardien, mais lui, il a misé sur moi, et je lui en serai éternellement reconnaissant. On partage les mêmes valeurs humaines. »
Le fait que Régis Gurtner, un autre Alsacien, soit son numéro deux a également pesé dans son intégration : « Ça m’a donné encore plus confiance. C’est un mec génial, un ami maintenant, j’ai vraiment beaucoup de chance d’avoir un tel atout. »

Robin Risser : Strasbourg, la désillusion qui l’a forgé
Avant Lens, il y a eu Strasbourg. Le club de sa région natale, où il n’a pas réussi à s’imposer. Risser en parle sans amertume mais avec lucidité : « Il y avait forcément une volonté de réussir là d’où je viens. Les choses ne se sont pas passées comme je l’aurais espéré. Mais ça m’a permis de me forger, et aujourd’hui, ma plus grande réussite c’est d’être parti de chez moi et d’avoir réussi autre part. Il y a des similitudes dans les valeurs de l’Alsace et du Nord, et recevoir cet amour du peuple sang et or, c’est une fierté. »
Sur Liam Rosenior, le coach qui ne lui avait pas fait confiance à Strasbourg, il choisit la hauteur : « Je ne lui en ai jamais voulu, ça fait partie du foot. J’ai toujours dit que j’ai une grande estime pour le coach et le tacticien qu’il est. Il a fait ses choix. Ce qui m’a dérangé, c’est la manière dont les choses ont été faites. Mais c’est du passé. »
Robin Risser : Les blessures, la foi, et la peur d’abandonner
Privé des JO 2024 puis de l’Euro Espoirs 2025 sur blessure, Risser a traversé des périodes sombres. Il n’en cache pas la dureté : « Ce serait mentir de vous dire que j’ai appréhendé ça avec le sourire, que je n’ai jamais pensé à retourner au village pour juste retrouver du plaisir à jouer au foot. C’est vrai que je n’en prenais plus à Strasbourg à un moment. »
Mais il n’a jamais craqué, et sa foi l’a aidé à tenir : « Après, la poisse, non, car je suis croyant. Je me suis dit que ça faisait partie de mon histoire. Et peut-être qu’il me protège de quelque chose d’encore plus grave, tout simplement. La foi est essentielle à ma vie. »
La Coupe du Monde, la finale : un seul focus pour Robin Risser
Convoqué en équipe de France pour la Coupe du Monde, Risser a vécu l’annonce de la liste avec une gêne sincère face aux caméras venues filmer sa réaction : « Je suis timide, c’est vrai que je n’ai pas trop aimé. Ce n’était pas vraiment ma volonté, je préférais garder pour moi cet effet de surprise. »
Mais il replace immédiatement les priorités : « J’ai surtout conscience que l’échéance la plus importante de la saison, c’est ce vendredi avec la finale de la Coupe de France face à Nice. Je suis vraiment focalisé sur ça. »
La Coupe du Monde peut attendre. La finale, non.



