Meilleur entraîneur de Ligue 1 selon ses pairs, finaliste de Coupe de France avec Lens ce vendredi, Pierre Sage s’est confié à L’Équipe avant la finale contre Nice. Ascension fulgurante, malédiction lensoise, relation avec Leca, avenir : ses mots sont ceux d’un homme qui sait exactement ce qu’il fait.
Lens : La formidable idée de Jean-Louis Leca pour les Sangs et Or
Pierre Sage (Lens) : « La saison de rêve, ç’aurait été de faire le doublé »
Vice-champion de France, trophée UNFP de meilleur entraîneur, finale de Coupe de France : la saison de Lens est extraordinaire. Mais Pierre Sage ne se laisse pas griser. Quand on lui demande si cette saison est une saison de rêve, la réponse est nette : « Non, la saison de rêve, ç’aurait été de faire le doublé avec la Ligue 1. Si on gagne, ce sera une saison extraordinaire et historique, mais pas de rêve. »
L’honnêteté tranche avec les discours convenus. Lens a manqué le titre en Ligue 1. Il reste une Coupe de France à aller chercher. Et ce n’est pas rien, parce que les Sang et Or sont le seul champion de France 1998 à ne jamais avoir remporté ce trophée. « On a un club qui a 120 ans et qui mérite d’être récompensé. On a une génération qui a fait une superbe saison et qui mériterait d’être récompensée aussi. Donc je pense que c’est la bonne année. »
Nice en barrage : Sage lit dans les têtes niçoises
La situation particulière de Nice, qui joue sa place en Ligue 1 après la finale, ne lui échappe pas. Et son analyse est fine : « Autant pour les dirigeants du club adverse, j’imagine que le choix est assez clair (le maintien), autant dans la tête des joueurs, je pense que le choix est inverse. Parce qu’un titre, ça te suit toute ta carrière et leur avenir, même très proche, n’est pas garanti du côté de la promenade des Anglais. En tant que coach, je sais que les joueurs niçois réfléchiront un peu comme ça. Ce sera un dilemme. »
Un dilemme que Lens n’a pas. Les Artésiens jouent sans pression de classement, avec une marée sang et or annoncée au Stade de France : « Je suis impatient de le découvrir vraiment très sang et or. J’aimerais bien que ça continue d’être le stade des premières fois. »
Avant les tirs au but contre Lyon : « On va gagner, on va gagner… »
Sage revient sur le moment le plus fort de son parcours en Coupe cette saison : le quart de finale à Lyon, avec l’égalisation de Tolisso à la 94e minute. « Je me dis qu’en fait, nous, on n’a pas le droit d’être heureux. C’était très difficile ce moment-là, mais il fallait que je fasse bonne figure face aux joueurs. Et je leur ai répété une seule chose lorsque je les ai réunis avant la séance de tirs au but : »Je vous ai dit qu’il fallait souffrir pour l’emporter. Vous venez de le faire, mais on va gagner. On va gagner, on va gagner… » Et j’ai répété ça peut-être dix fois. »
La psychologie du groupe avant la limite : c’est là que Sage excelle.
Pierre Sage (Lens) veut marquer l’histoire autrement qu’avec les titres
Sacré meilleur entraîneur par ses pairs après seulement 95 matchs professionnels, Sage assume son ascension sans syndrome de l’imposteur, mais avec une lucidité rare. Sur ce que signifie vraiment marquer l’histoire : « Marquer l’histoire d’un sport, c’est laisser une trace indélébile sur la manière de jouer, sur ce que dégage l’équipe. On se souvient du jeu à la nantaise, du Barça de Guardiola. Si on arrive à se souvenir de Lens 2026 à la hauteur de Lens 1998, là, effectivement, on aura marqué l’histoire. Mais ça ne se limite pas au résultat. C’est beaucoup plus important que ça. »
Pierre Sage (Lens), Leca, Cahuzac, et l’avenir à Lens
Sa relation avec le directeur sportif Jean-Louis Leca est décrite comme fluide et alignée : « On est connectés dans l’idée de construire un effectif. On est assez alignés sur cette chose-là. On laisse de la place aux jeunes. On sait l’un et l’autre qu’à un moment donné, il va falloir vendre des joueurs. Il y a quelque chose qui nous anime, c’est d’avoir une équipe qui dégage quelque chose, qui soit assez représentative de ce qu’est le club, de ce qu’est la région. »
L’ancien capitaine lensois Yannick Cahuzac devrait rejoindre le staff comme adjoint. Et sur son avenir à Lens, Sage est clair : « L’intention de continuer avec la plus grande partie possible de cet effectif est bien présente. Pour l’instant, l’idée c’est de rester. »
Jogging et non costume pour la finale, comme toujours. Pierre Sage ne change pas ses habitudes. C’est peut-être pour ça que ça marche.


