Strasbourg termine huitième de Ligue 1, sans Coupe d’Europe la saison prochaine. Chelsea finira au mieux septième de Premier League, sans Ligue des champions. BlueCo, le consortium américain propriétaire des deux clubs, sort d’une saison ratée sur tous les fronts. Les erreurs s’accumulent et le modèle de gestion conjoint montre ses limites.
Strasbourg et BlueCo attirés par un nom qui séduit tout le monde
Le blindtrust préparé pour rien
Pendant des mois, les services juridiques de BlueCo ont travaillé avec l’UEFA pour mettre en place un blindtrust, dispositif indispensable pour permettre à Chelsea et Strasbourg de participer simultanément à des compétitions européennes. Un travail colossal, des mois de négociations, une structure juridique complexe. Tout ça pour rien.
Les deux clubs se sont effondrés en fin de saison avant même que le problème de la double participation européenne ne se pose. Strasbourg éliminé en demi-finales de Ligue Conférence par le Rayo Vallecano et de Coupe de France par Nice. Chelsea sorti dès les huitièmes de Ligue des champions par le PSG. Plus aucune Coupe d’Europe pour aucun des deux clubs la saison prochaine. Le blindtrust attendra. Fiasco.
L’épisode Rosenior : une mascarade qui laisse des traces
Le symbole le plus révélateur des dysfonctionnements de BlueCo reste l’épisode Liam Rosenior. Après avoir séparé Chelsea d’Enzo Maresca, le consortium a décidé de piocher l’entraîneur de Strasbourg pour le propulser sur le banc londonien. Une décision prise sans réelle concertation, qui a déstabilisé le Racing en pleine saison et placé Rosenior dans une situation impossible à Chelsea : 104 jours seulement avant d’être débarqué à son tour. Une mascarade qui a coûté cher aux deux clubs.
À Londres, Xabi Alonso a depuis pris les rênes avec des garanties obtenues sur le mercato et des pouvoirs élargis. En interne, BlueCo reconnaît que l’ingérence de la direction dans les choix sportifs a eu raison successivement de Pochettino, Maresca et Rosenior. Fiasco.
La connexion Strasbourg-Chelsea : plus de ratés que de succès
Le modèle BlueCo repose sur l’idée d’un réseau direct entre les deux clubs : des jeunes talents de Chelsea viennent se développer à Strasbourg avant de remonter à Londres, et des joueurs strasbourgeois intègrent Chelsea quand le niveau le justifie. Sur le papier, c’est séduisant voire cohérent. Dans les faits, le bilan est mitigé. Pour ne pas dire plus.
Mamadou Sarr, défenseur de 20 ans, avait réalisé une première partie de saison exceptionnelle à Strasbourg avant de remonter à Chelsea en janvier. Il s’est ensuite effondré face à Kvaratskhelia en huitième de Ligue des champions et a quasiment disparu de l’effectif londonien. Andrey Santos a surnagé sans vraiment s’imposer, exclu de la liste de Carlo Ancelotti pour la Coupe du Monde malgré une saison correcte. Kendry Paez, prêté à 18 ans depuis Chelsea, n’a joué qu’une fois en titulaire avant d’être exfiltré en urgence vers River Plate sur fond de critiques sur son manque de professionnalisme. David Datro Fofana, arrivé cet hiver, n’a jamais trouvé ses marques : zéro but en six mois, remplacé deux fois à la pause lors de ses rares titularisations.
Mathis Amougou, formé à l’ASSE et acheté 15 millions d’euros par Chelsea avant d’être prêté à Strasbourg, n’a même pas atteint 800 minutes de jeu toutes compétitions confondues. Fiasco.
Les rares réussites existent. Mike Penders a réalisé une saison remarquée dans les buts alsaciens. Valentin Barco a explosé à Strasbourg et rejoint Chelsea cet été pour six ans. Andrey Santos garde un bilan honorable malgré ses limites. Mais ces succès ne compensent pas les échecs bien trop nombreux.
Strasbourg gagne en indépendance, mais l’été sera lourd
La bonne nouvelle pour le Racing, c’est que le club a obtenu plus d’autonomie ces derniers mois. David Weir, nommé directeur sportif fin octobre, et Charlie Hutton, arrivé au recrutement en février, travaillent désormais avec davantage de latitude. Weir l’a dit clairement dans les Dernières Nouvelles d’Alsace : « Je travaille pour Strasbourg, un club qui a sa propre identité. » Affaire à suivre….
Mais l’été qui s’annonce est titanesque. Emegha, Barco, Moreira, Doué, Doukouré : plusieurs cadres sont sur le départ. Il faut reconstruire une ossature avec un gardien, des attaquants et des latéraux. Gary O’Neil a réclamé des profils plus physiques et de grande taille, un changement de cap par rapport à la politique de recrutement exclusive de très jeunes joueurs pratiquée jusqu’ici. L’échec des prêts de Chelsea a servi de leçon : on ne peut pas construire une équipe de Ligue 1 avec des joueurs de 18 ans en développement.
BlueCo reconnaît ses erreurs. La question est de savoir si la prise de conscience suffira à changer les habitudes. ET là, c’est très loin d’être joué… Pas de quoi rassurer les supporters de Strasbourg.


