Bryant Lazaro va rejoindre Ian Cathro à Saint-Étienne comme adjoint. Américain de Floride, 38 ans, docteur en sciences du sport, quatre langues maîtrisées, il a construit une carrière atypique entre l’Argentine, l’Espagne, la Norvège et le Portugal. Mais ce qui retient l’attention dans son parcours, c’est un nom : Marcelo Bielsa. L’actuel sélectionneur de l’Uruguay a été l’un de ses maîtres. Et cette influence se voit dans le football qu’il promeut.
Quand Cathro et Lazaro arrivent ensemble à Geoffroy-Guichard, ils ne débarquent pas avec un simple curriculum vitae. Ils arrivent avec une philosophie construite sur vingt ans d’apprentissage auprès des plus grands noms du football mondial. Pour Lazaro, le chapitre Biles est sans doute le plus formateur et intriguant.
Bielsa – Lazaro, La rencontre : deux outsiders qui se reconnaissent
C’est en Espagne, lors de stages de formation d’entraîneurs, que Lazaro croise la route de Bielsa pour la première fois. Deux hommes qui partagent un point commun fondamental : ni l’un ni l’autre n’était une star sur le terrain. Bielsa n’a jamais joué au haut niveau. Lazaro a abandonné l’idée d’une carrière professionnelle à 19 ans, après un passage dans la réserve des Estudiantes de la Plata en Argentine.
Cette trajectoire commune crée immédiatement une connexion. «Marcelo, tout comme Mourinho, n’était pas un ancien joueur de renom. Ils n’étaient pas d’anciens joueurs. Ils ont suivi le parcours inverse. Et Marcelo croit fermement qu’il faut passer par le centre de formation avant d’intégrer l’équipe première. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous nous sommes bien entendus», explique Lazaro.
Ce que Bielsa lui a appris : le doute permanent comme force
Ce que Lazaro retient de Bielsa n’est pas d’abord tactique. C’est une posture. Une manière d’habiter le métier d’entraîneur qui tranche avec la posture de certitude affichée par beaucoup de techniciens.
«Il est capable de se remettre constamment en question tout en conservant une ferme conviction dans ses idées. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui fasse ça.»
Bielsa incarne le paradoxe de l’entraîneur moderne : assez solide dans ses convictions pour ne pas vaciller au premier résultat négatif, assez humble pour remettre en question chaque détail de sa méthode. Une dualité qui se retrouve dans la façon dont lui et Cathro travaillent à Estoril : une identité de jeu non négociable, une adaptation tactique systématique match après match. Une identité qu’ils vont souhaiter importer à l’ASSE.
La méthode Bielsa décryptée de l’intérieur
Le grand public retient de Bielsa le pressing intense, le fameux ball murder qu’il a popularisé en Angleterre avec Leeds ou avec l’OM. Lazaro, lui, a vu de plus près un technicien beaucoup plus nuancé que cette image.
«Bielsa a ses propres séances d’entraînement bien définies, absolument uniques, individualisées, spécifiques au poste, en petits groupes et répétitives, qu’il combine avec ce qui est devenu célèbre au Royaume-Uni sous le nom de meurtre de balle. Le conditionnement physique a lieu une fois par semaine, mais le reste consiste en un travail individualisé en très petits groupes.»
Ce modèle se retrouve dans ce que Cathro et Lazaro ont construit à Estoril. Pressing haut, construction depuis l’arrière, identité collective forte. Mais pas au détriment du travail individuel et de l’adaptation aux profils de chaque joueur. José Mourinho lui-même, maintenant entraîneur de Benfica, avait salué le style de jeu de l’équipe portugaise : «Ils jouent vraiment bien, ils sont agréables à regarder et ils peuvent obtenir de bons résultats même contre les grandes équipes.»
Une philosophie qui arrive à Saint-Étienne
Ce que Lazaro transporte dans ses valises en direction du Forez, c’est une approche du football construite au contact des meilleurs esprits tactiques du demi-siècle. Bielsa pour la rigueur et l’humilité intellectuelle. Mourinho pour la compétitivité absolue. Sampaoli côtoyé à Séville. Bob Bradley fréquenté en Norvège.
«J’apprends énormément ici, et honnêtement, je considère comme un privilège d’affronter des entraîneurs comme José, de travailler avec Ian Cathro et de passer du temps avec Bob Bradley. Ce sont des hommes qui ont ouvert la voie et facilité le parcours d’autres entraîneurs américains en Europe.»
Et sur les données, sujet incontournable dans le football moderne, Lazaro garde une lucidité que beaucoup perdraient avec un doctorat en sciences du sport en poche : «Au final, je crois que l’instinct l’emportera. Les data ont leurs limites.»
Un ami de Bielsa, formé en Argentine, façonné par vingt ans de football européen, arrive à Geoffroy-Guichard. L’ASSE a recruté un staff hors du commun. Reste à savoir si les idées vont se convertir que le terrain par des résultats attendus depuis trop longtemps.
Source : GOAL / Tom Hindle (@Tom_Hindle_)


