Le FC Lorient sort d’une belle saison à la 10e place de Ligue 1. Mais en coulisses, une enquête préliminaire du parquet de Marseille s’intéresse de près aux contrats du capitaine Laurent Abergel et de l’ancien entraîneur Olivier Pantaloni. Derrière ces deux signatures, un homme sans licence d’agent et des connexions qui remontent jusqu’au grand banditisme corso-marseillais.
Lorient : Deux contrats qui intriguent la justice
L’enquête a été ouverte en 2024 par le parquet de Marseille sur les liens entre plusieurs agents de joueurs et des clubs de Ligue 1. Lorient fait partie des clubs ciblés. Selon Mediapart, les enquêteurs du service central des courses et jeux et de l’Office national antifraude s’intéressent aux conditions de signature de deux contrats précis : la prolongation de Laurent Abergel jusqu’en 2030, signée le 25 mai 2024, et l’arrivée d’Olivier Pantaloni sur le banc lorientais quelques semaines plus tard.
Pantaloni avait d’ailleurs annoncé son départ du club en avril dernier, évoquant publiquement « la défiance des dirigeants depuis son arrivée ». Une sortie qui prend un relief différent à la lumière de l’enquête.
Christophe d’Amico, l’homme sans licence au cœur du dossier
Derrière ces deux contrats, les enquêteurs ont identifié deux intermédiaires. D’abord Andria Nativi, jeune agent licencié FFF à la tête de N.Agency depuis 2021. Mais aussi Christophe d’Amico, 58 ans, qui n’est lui titulaire d’aucune licence d’agent délivrée par la FFF. Ce statut lui interdit légalement d’exercer une activité d’agent de football sur le territoire français.
Lorient : Loïc Féry demande une fortune pour 2 joueurs
D’Amico est visé pour exercice illégal de la profession d’agent sportif, un délit passible de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. Son domicile a été perquisitionné. Il a été placé en garde à vue. Il est présumé innocent et se défend en affirmant avoir agi bénévolement aux côtés de Nativi, dans un cadre qu’il n’aurait pas créé : « Mon rôle s’inscrit dans un contexte que je n’ai ni initié ni structuré. J’ai été sollicité dans un fonctionnement déjà en place, auquel je me suis adapté sans en être à l’origine. »
Les liens entre d’Amico et le milieu du football remontent à plus de quinze ans, via Just 4 Player Group, société basée en Andorre dont l’actionnariat était partagé avec l’agent licencié Sébastien Frapolli. Cette structure a accompagné plusieurs joueurs de Ligue 1 : Romain Philippoteaux à Lorient ou Alexander Djiku à Strasbourg.
Des dirigeants lorientais auditionnés
L’enquête ne se limite pas aux agents. Selon Mediapart, plusieurs dirigeants du FC Lorient ont également été auditionnés. La justice cherche à déterminer si le club a été complice, même passivement, de l’exercice illégal de la profession d’agent. Le porte-parole du club a répondu sobrement que Lorient « interagit exclusivement avec des agents référencés par la FFF », sans entrer dans les détails.
Un dossier plus large, une connexion Gignac
Lorient n’est qu’une partie d’une enquête bien plus vaste. Le parquet de Marseille a également auditionné des dirigeants de Montpellier, Brest et Bastia. Au centre du dossier global : Jean-Christophe Cano, agent marseillais visé pour escroquerie en bande organisée, blanchiment et fraude fiscale aggravée.
D’Amico et Cano se connaissent depuis la fin des années 2000. Leur connexion s’est nouée autour d’André-Pierre Gignac.
Le FC Lorient a changé ces derniers mois de propriétaire avec l’arrivée de Black Knight Football Club. La belle saison sportive s’accompagne donc d’une ombre judiciaire que le nouveau board américain devra gérer avec soin.
Source : Mediapart


